ECOUEN (95) : cimetière

Visité en novembre 2011
dimanche 28 mars 2021
par  Philippe Landru

Le cimetière d’Ecouen se situe au sud-est du territoire communal, le long de la D 316 (route de Paris), aux confins de la commune de Villiers-le-Bel. A l’écart du village, il occupe une parcelle rectangulaire en pente le long du coteau.

A l’époque mérovingienne, un cimetière est attesté le long de la route antique, qui limite les territoires actuels d’Écouen et de Saint-Brice. Découvert et fouillé partiellement en 1976, puis en 2013 et 2017, ce cimetière a livré des sépultures datant, pour les plus anciennes, des VIe et VIIe siècles, et pour la plus récente, du Xe siècle. Ce premier lieu d’inhumation fut par la suite abandonné au profit du cimetière paroissial installé autour de l’église Saint-Acceul, sur le flanc nord de la butte d’Ecouen. Au XVIe siècle, celui-ci est en partie annexé par le connétable Anne de Montmorency, probablement pour agrandir le château. Un petit cimetière est conservé autour de l’église paroissiale, mais les cartes du XVIIIe siècle montrent qu’il a été doublé par un autre lieu d’inhumation plus vaste, situé en contrebas, le long de l’actuelle rue Colette Rousset. Toutefois, ce second cimetière était insalubre en raison de son humidité. Un arrêté préfectoral de 1827 demanda sa suppression. En 1831, le conseil municipal décida enfin de transférer les inhumations sur le terrain actuel. L’ancien cimetière fut transformé en verger. Depuis lors, le cimetière communal n’a plus changé d’emplacement mais il a connu une importante extension en 1895.


Curiosités


- Le médaillon en bronze du capitaine Texier, mort sur le front en 1918, œuvre de Paul Theunissen.

JPEG - 23.5 ko
L’obélisque a été édifié en l’honneur d’Eléonore Antheaume (décédé en 1847), notaire influent qui fut également maire d’Ecouen.


La colonie d’artistes d’Ecouen au XIXe siècle


Pendant la seconde moitié de XIXè siècle, une importante colonie d’artistes français et étrangers s’installa à Ecouen pour perfectionner ou partager la pratique de leur art. À partir de 1830, de nombreux artistes quittèrent leurs ateliers urbains pour la campagne afin d’y peindre « sur le motif ». C’est ainsi que vers 1856-1860 quelques peintres parisiens décidèrent d’abandonner la capitale pour s’installer à Ecouen, sur la route de Boulogne-sur-Mer, alors gros bourg rural d’un millier d’habitants. Une prédilection pour les thèmes rustiques, l’attrait pour le Château et la forêt, la présence de petites auberges expliquent vraisemblablement l’installation, en ce lieu, de ce petit groupe d’artistes.

Les chefs de file de la communauté artistique d’Ecouen furent Edouard Frère (1819-1886) et Paul Soyer (1823-1903 ) qui devaient leur renommée internationale au soutien enthousiaste du plus célèbre critique d’art de son époque, l’anglais John Ruskin.

Cette colonie, qui aurait vu le jour tout près de la Gare du Nord, au 18 de la rue de Chabrol, s’ouvrit progressivement à l’enseignement. L’effectif de la colonie évolua au gré des arrivées et des départs : il se situa dans une fourchette de 10 à 20 artistes présents, en même temps, dans la ville, entre 1860 et la fin du siècle. Pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle, ils auraient été près d’une centaine au total. Entre 1860 et 1895, Ecouen accueillit plusieurs dizaines d’artistes étrangers, américains surtout, venus pour la plupart suivre pendant quelques mois ou quelques années l’enseignement des maîtres locaux. Parmi eux : George Boughton (1833-1905), James Crawford Thom (1835-1898) ou encore Henry Bacon (1839-1912), tous trois élèves de Frère et la célèbre Mary Cassatt (1844-1926) qui fit plusieurs séjours à Ecouen.

La mort d’Edouard Frère en 1886 amorça la disparition de la colonie, cette dernière survivant encore quelques années grâce à la présence des paysagistes et animaliers Chialiva et Schenck, deux artistes à la très forte personnalité.


Célébrités : les incontournables...


Aucune


... mais aussi


- Le peintre Michel ARNOUX (Arnoux Michel : 1833-1877), auteur de scènes de la vie quotidienne, qui comme les autres membres d’Ecouen se fit remarquer par la facture réaliste de ses toiles.

- Le peintre Pancrace BESSA (1772-1846). Élève de Pierre-Joseph Redouté et de Gérard van Spaendonck, il se spécialisa dans l’art de représenter les fleurs, fruits, oiseaux. De 1806 à 1831, il exposa régulièrement au Salon de Paris. La duchesse de Berry, à qui il donna des leçons d’aquarelle, le prit sous sa protection à partir de 1816. Il publia en 1821 une Histoire des Tulipes puis, plus tard, une Histoire des Roses. En 1823, il succéda à Henri-Joseph Redouté dans la fonction de peintre du Muséum d’histoire naturelle. Il fit partie de ces quelques rares peintres qui s’installèrent à Écouen, bien avant la naissance de la colonie d’artistes fondée par Pierre-Édouard Frère à partir des années 1860. Sa tombe est très peu lisible.

- Le caveau DAMOREAU, malgré son apparente facilité (identité lisible des sept « résidents »), a nécessité bien du temps à dénouer les différents fils généalogiques (on trouve en réalité peu de choses sur eux). Y reposent donc sept personnes :

  • Le ténor Charles-Vincent DAMOREAU (1793-1863), qui se maria deux fois. Une première fois avec Adèle-Lucie Gossin (qui ne repose pas ici), avec laquelle il eut deux enfants (qui suivent), une seconde avec la célèbre cantatrice Laure Cinthie Montalant (Laure-Cinti-Damoreau) qui repose au cimetière Montmartre [1].
  • Louis François Siméon Damoreau (1788-1839). Je n’ai rien trouvé sur lui, mais compte tenu des dates, je penche pour un frère aîné de Charles-Vincent.
  • Louis Damoreau (1810-1859), le fils aîné de Charles-Vincent et d’Adèle Gossin
  • La chanteuse Adèle-Lucie DAMOREAU (1819-1910), qui fut également chanteuse. Elle se maria en première noce en 1838 avec le pianiste Jean Clair Ernest Dejazet (qui ne repose pas ici), le frère de la célèbre actrice Virginie Dejazet, fondatrice du théâtre qui porte son nom à Paris [2]. Elle se maria en seconde noce en 1854 avec l’écrivain Gustave Aimard, qui repose bien ici (voir plus bas)
  • Laure-Lucie Dejazet (1843-1882), fille du premier lit d’Adèle Lucie Damoreau.
  • Gustave AIMARD (Olivier Gloux : 1818-1883) : abandonné par ses parentsOn apprit après sa mort qu’il était le fils illégitime du maréchal Sébastiani., il s’enfuit à 9 ans du domicile de sa famille adoptive, les Gloux, et s’engagea comme mousse sur un bateau. Il débarqua en Patagonie, puis se rendit en Amérique du Nord où il mena une vie aventureuse, notamment comme chercheur d’or et trappeur. Il s’enrôla dans la marine en 1835 avant de déserter quatre ans plus tard lors d’une escale au Chili. Il épousa une Cheyenne, puis entama des voyages en Europe et dans le Caucase. De retour en France, en 1854 (c’est à ce moment qu’il épousa Adèle Damoreau), il devint écrivain. Sa spécialité : les récits consacrés à l’Ouest américain. Aussi populaire, en son temps, qu’Eugène Sue et Paul Féval, il a écrit une soixantaine de romans. A partir des années 1870, Aimard fut atteint par la maladie et vécut dans la misère. Considéré comme fou, il fut enfermé à l’asile de Sainte-Anne, à Paris, où il mourut. Inhumé d’abord au cimetière d’Ivry, son corps fut transféré des années plus tard dans le caveau de la famille de sa femme.
  • Melle Claudine Simon, décédée à Paris à l’âge de 74 ans (aucune date) : ?

- Léon DANSAERT (1830-1909) : Belge naturalisé français, Léon Dansaert fut l’élève d’Edouard Frère. Installé à Ecouen en 1861, il exposa à Paris de 1863 à 1889 des toiles décrivant à travers salons, cabarets, bals et marchés, la vie sociale de la seconde moitié du XVIIIè siècle. Il fut maire d’Ecouen de 1879 à 1895.

- Emmanuel DUVERGER (1821-1898) : formé en autodidacte en observant la nature autour de la ville et les travaux des grands peintres, il débuta au Salon de Paris de 1846. Par la suite il a surtout traité des scènes de genre. Il fit partie des fondateurs de la colonie d’artistes d’Écouen. Dans le même tombeau repose son gendre, le peintre André-Henri DARGELAS (1828-1906), dont les œuvres connurent un succès particulier en Grande-Bretagne après une critique enthousiaste du critique d’art anglais John Ruskin qui appréciait la vision sentimentale de l’enfance typique de Dargelas. À partir de 1857, il commença à exposer ses œuvres au Salon de Paris. Le style pictural et les thèmes sont influencés par la leçon de Chardin, à l’époque très populaire en France. Il fut un peintre de l’école et des enfants.

JPEG - 34.6 ko
Duverger
GIF - 37.4 ko
Dargelas

- Dans le même tombeau (famille Frère-Robecchi) reposent :

  • Le peintre Pierre-Edouard FRÈRE (1819-1886) : ancien élève de Delaroche, il débuta au salon de 1843, et ne tarda pas à se faire une grande réputation dans la peinture de genre. Artiste prolifique, la plupart de ses compositions furent d’ailleurs popularisées par la lithographie et la gravure. Il se fit connaître du grand public par ses gravures, d’enfants et d’intérieurs de gens modestes. C’est en 1847 qu’il s’installa à Écouen, dont il fut ultérieurement maire. En 1860 il partit faire un voyage en Égypte dont il rapporta des compositions orientalistes. Il était le frère cadet du peintre orientaliste Charles-Théodore Frère.
  • son fils, le peintre Charles-Edouard FRÈRE (1837-1894) : élève de son père, de Thomas Couture et de Defaux, il fut également un habitué des Salons mais ses thèmes de prédilection furent les paysages ruraux et les chevaux.
    BMP - 85 ko
  • son petit-fils, l’artiste dramatique Gabriel FRÈRE (1874-1922)
  • Le peintre et décorateur Henry ROBECCHI (1826-1888), qui travailla en étroite collaboration avec le monde du théâtre.

- Le dessinateur Charles KOSSBÜHL (1865-1905), sur lequel on trouve très peu d’information. Son identité ne tient plus que sur un bout de plaque cassée.

- Jean-Marie de LANESSAN (1843-1919) : naturaliste et médecin, il fut professeur à la faculté des sciences de Paris. Député d’extrême-gauche de Paris (1881-1891) puis de Lyon (1898-1906), il fut nommé gouverneur général de l’Indochine, en 1891 ; acheva la « pacification » du Tonkin et dirigea la Guerre franco-siamoise de 1893. Ministre de la Marine de 1899 à 1902, il devint en 1904, directeur du Siècle - prestigieux journal qui, lors de l’Affaire Dreyfus, était comme un organe officieux de la Ligue des droits de l’homme. Il fut encore député de la Charente-Inférieure de 1910 à 1914. Sa tombe ne sera bientôt plus lisible du tout.

- Le peintre franco-allemand Auguste SCHENCK (1828-1901), ancien élève de Léon Cogniet. Il se spécialisa en peinture de paysages et de sujets animaliers, qui étaient vus comme une métaphore des relations humaines et de la société ; il dépeint ainsi fréquemment des moutons, comme dans son tableau le plus connu, Angoisses, où un mouton, entouré de corbeaux, essaie de protéger son petit.



[1Elle repose dans la 26ème division du cimetière. Elle eut deux enfants avec Charles-Vincent Damoreau : Antoine-Frédéric Damoreau (1828-1852), qui repose avec sa mère, et Marie Damoreau (1834-1906), qui repose dans la 9ème division du cimetière Montparnasse de Paris.

[2Elle repose dans la 81ème division du Père Lachaise.


Commentaires

Logo de Philippe Landru
ECOUEN (95) : cimetière
dimanche 28 mars 2021 à 01h30 - par  Philippe Landru

Pour l’internaute qui m’avait posé la question : l’épouse de Jean-Marie de Lanessan repose bien avec lui. La date de décès indiquée pour celle-ci est le 20 février 1915.

Brèves

Qui est derrière ce site ?

vendredi 14 février 2014

Pour en savoir un peu plus sur ce site et son auteur :

- Pourquoi s’intéresser aux cimetières ?
- Pourquoi un site sur les cimetières ?
- Qui est derrière ce site ?