CHÂLONS-EN-CHAMPAGNE (51) : cimetière de l’Ouest

visité en avril 1995
lundi 16 mars 2015
par  Philippe Landru

C’est en 1783 que fut votée par le Conseil municipal la décision de supprimer les vingt trois cimetières intra-muros et de créer une unique nécropole en dehors des remparts. Il ouvrit avant la Révolution, ce qui en fait l’un des cimetières urbains les plus vieux de France : dès 1818, il fallut créer une autre nécropole (cimetière de l’Est) pour faire face aux besoins.

Une bonne partie du cimetière se trouve au bord des bras de la Marne ou de ses canaux.

Cimetière ancien, il offre un magnifique conservatoire de tombeaux dont certains datent de l’Ancien Régime, ce qui est rare dans un cimetière urbain. L’état des sépulture est évidemment parfois dégradé, ce qui accroît la dimension romantique du lieu. Les passionnés de symboliques funéraires seront ici ravis.

Des milliers de cimetières que j’ai parcouru, le cimetière de Châlons est sans doute celui dans lequel la dimension militaire est la plus prégnante. C’est, il est vrai, une ville de garnison importante, et la quasi totalité des personnalités qui y demeurent furent des soldats. Pour cette raison, l’association du Souvenir français a restauré un grand nombre de tombeaux en ce lieu.

C’est donc un paradoxe que d’y avoir inhumé récemment l’un des plus grands antimilitaristes, le dessinateur Cabu !


Curiosités


- Un monument funéraire fut érigé “ à la mémoire de quatre citoyens français […] victimes d’une inique condamnation de la part de l’ennemi et fusillés à Châlons le 22 janvier 1871 ”. Une autre plaque signale que cette mention fut détruite par les Allemands en 1940, puis replacée en 1945.

-  Dans le sillage des bouleversements napoléoniens, plusieurs militaires polonais reposent dans ce cimetière. Le tombeau le plus remarquable est celui du comte Alexandre Brzostowski. Ce général major au service de la Russie en Pologne (et parlementaire) décéda à Châlons en 1820. Son fils lui éleva une tombe sur le modèle des sarcophages antiques. Son sarcophage se signale par sa riche ornementation et les têtes de béliers aux quatre coins.

- Peu de bustes et de médaillons ici, particulièrement en bronze : c’est l’élément minéral qui domine. Quelques bas-reliefs de médecins ou de notables locaux.

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Médaillon du docteur Gérard.
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Félix Toupry (+1891)
Organiste et professeur de musique.
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La tombe du colonel Pierre Nicolas Martelet (1765-1846)
Amas minéral, elle évoque les batailles révolutionnaires et napoléoniennes auxquelles ce militaire participa. Son bicorne, ses épaulettes, son sabre et sa croix de la légion d’honneur sont posés au sommet du monument. Dans la rocaille figurent également un crâne et une petite chouette.

- Sur le mur d’enceinte, quelques vieilles dalles funéraires (et des plaques plus récentes) ont été posées. Parmi ses plaques, l’une d’entre-elles honore la mémoire d’Antoine Nicolas Le Moyne de Villarsy (1753-1819), « Le premier qui ait introduit à Coligny la culture des prairies artificielles et la plantation des pins ».


Célébrités : les incontournables...


- Léon BOURGEOIS
- CABU


... mais aussi


- Le général du Premier Empire Louis Jean Nicolas ABBÉ (1764-1834), dont le nom est gravé sous l’Arc de Triomphe. Ne sachant pas précisément où se trouve sa tombe dans le cimetière, une plaque rappelle sa mémoire.

- Hercule Hubert CORBINEAU (1780-1823) : major de l’armée napoléonienne, baron d’Empire, sa carrière se termina à la bataille de Wagram, le 6 juillet 1809, où il eut le genou droit fracassé par un boulet, ce qui entraîna son amputation. Son tombeau fut restauré en 2010 par le Souvenir français.

- Alexandre GODART de JUVIGNY (1786-1856) : propriétaire de vignobles, il fut maire de Châlons-sur-Marne en 1830 puis colonel de la Garde nationale de Châlons avant de devenir à nouveau maire en 1844. Député de la Marne de 1852 à 1856, il siégea dans la majorité dynastique soutenant le Second Empire.

- Le général Emile HERBILLON (1794-1866), qui fit les dernières campagnes du Premier Empire et fut présent à Waterloo. Après l’expédition d’Espagne en 1823, dans la suite du duc d’Angoulème, et la Guadeloupe ; il servit en Afrique du Nord à la conquête de l’Algérie. Il soumit la Kabylie, les Aurès et il prit en 1849 Zaatcha. En 1855, il commanda en Crimée et gagna la bataille de Traktir contre les Russes. Il fut désigné sénateur du Second Empire en 1863.

- Le général belge Jean-Dieudonné LION (1771-1840), qui participa aux campagnes révolutionnaires puis impériales. Fait baron d’Empire par Napoléon, il fut fait comte par Louis XVIII.

- Le sculpteur Auguste Gustave MORIAME (1836-1905).

- Une figure locale insolite : Charles PICOT (1799-1861), qui fut inventeur et ébéniste de profession, mais aussi collectionneur. Ses inventions et ses collections d’œuvres d’art ont été léguées au Musée municipal et ses manuscrits à la Bibliothèque municipale. Sur sa tombe -bavarde- on apprend en particulier qu’il fut l’inventeur de « la machine à trancher le bois de placage » !

- L’architecte Alexis VAGNY (1821-1888), qui fit toute sa carrière à Châlons-en-Champagne et y réalisa de nombreux bâtiments.


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