Passy (75) : tombeaux remarquables de la 15ème division

jeudi 23 juin 2011
par  Philippe Landru


LES PERSONNALITÉS


- Jules et Marie BARBIER
- Théobald CHARTRAN
- Francis de CROISSET
- Gabriel FAURÉ
- Claude FERVAL
- Jean-Camille FORMIGÉ
- Emmanuel FREMIET
- Charles de FREYCINET
- Gabriel HANOTAUX
- Paul HERVIEU
- Georges LESIEUR
- André MESSAGER
- Alexandre MILLERAND
- Claude MULOT


... mais aussi


- Louis ANDRIEUX (1840-1931) : avocat républicain, il fut en 1861 avec d’autres, dont Georges Clemenceau, le fondateur de l’hebdomadaire Le Travail. Procureur, il participa à la répression de l’insurrection d’avril 1871 qui secoua Lyon à la suite de la Commune de Paris. Ce coup d’éclat lui valut d’être nommé Préfet de Police de Paris, après le triomphe des républicains en 1879. Il y fit preuve d’une rigueur sans faille. Ambassadeur de France en Espagne en 1881, député du Rhône en 1876, puis des Basses-Alpes en 1885 (il le resta jusqu’en 1924), sénateur éphémère en 1903, il fut aussi le fondateur et le rédacteur en chef du Petit Parisien, journal populaire de l’époque. Louis Andrieux fut le père naturel de l’écrivain et poète Louis Aragon. Dans ce tombeau reposent ses trois fils « légitimes » : le peintre Alfred ANDRIEUX (1878-1945), qui fut un paysagiste lumineux mais également un peintre animalier, le bibliophile Georges ANDRIEUX (1883-1945) (l’épitaphe proclame qu’il fut un Ami des livres, et le vice-président du Conseil d’Etat André ANDRIEUX (1886-1973).

- André ARMENGAUD (1901-1974) : ingénieur de formation, il fut sénateur (groupe Républicains indépendants) représentant les Français résidant à l’étranger, de 1945 à sa mort. Il repose dans la chapelle Bénard.

- L’as de l’aviation Albert AUGER (1889-1917), qui fut tué à l’ennemi. Il repose dans la chapelle de famille du général Bremens.

- La comédienne Julia BARTET (Jeanne Julie Regnault : 1854-1941), adulée en son temps qui la vit baptisée « la Divine ». Elle fut une figure incontournable, admise à la Comédie-Française en septembre 1879, et interpréta à la fois le répertoire classique et des pièces modernes.

- L’amiral Armand BESNARD (1833-1903), il servit en Orient. Préfet maritime de Brest en 1893, il fut ministre de la Marine en 1895 puis de 1896 à 1898. Artisan de la théorie de la « Jeune école », il exerça une action très néfaste dans le domaine des constructions neuves, gaspilla les crédits à refondre des gardes-côtes sans valeur militaire, commanda des torpilleurs trop petits et des croiseurs cuirassés faiblement armés.

- Robert de BILLY (1869-1953) : diplomate français (il succéda en particulier à Paul Claudel au poste d’ambassadeur de France à Tokyo), il fut un grand ami de Marcel Proust à qui il fit découvrir John Ruskin.

- Le haut-fonctionnaire Gabriel BOUFFET (1850-1910), qui fut préfet de Vendée en 1885 puis du Finistère en 1887. Dans le même tombeau repose son fils, le général Jean BOUFFET (1882-1940).

- Marthe BRANDÈS (Joséphine Brunschwig : 1862-1930) : comédienne, elle fit ses débuts au Théâtre du Vaudeville, puis devint sociétaire de la Comédie-Française en 1896. Elle joua également au Théâtre de la Renaissance et au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Incarnant les grandes amoureuses ou les femmes fatales, elle créa de nombreux rôles pour Alexandre Dumas fils, Georges de Porto-Riche et Paul Bourget. Elle repose sous une discrète colonne émergeant d’un aucuba vivace.

- Louise CHARLIER (1869-1931) : héritière des industries Fichet-Bauche, Louise Charlier et son premier époux Henri Blanc décident dès 1917 d’ouvrir un lieu destiné à conserver et à médiatiser des documents relatifs à la guerre, grâce à un fonds exceptionnel, documentaire, muséographique, iconographique et graphique : ce fut la Bibliothèque et Musée de la guerre, qui devint par la suite la riche BDIC (Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine).

- Le géologue Gabriel DAUBRÉE (1814-1896), qui fut professeur de minéralogie et de géologie à la faculté des sciences de Strasbourg. En 1859, il devint ingénieur en chef des mines et en 1861 professeur de géologie au Muséum national d’histoire naturelle ainsi que membre de l’Académie des sciences. L’année suivante, il fut nommé professeur de minéralogie à l’École des mines de Paris, dont il devient directeur en 1872. Il fut surtout connu pour ses expériences nombreuses et souvent dangereuses sur la production artificielle de minéraux et de roches. Il contribue aussi à l’étude de la perméabilité des roches et l’effet des infiltrations dans la production de phénomènes volcaniques, du métamorphisme, des déformations de la croûte terrestre, des tremblements de terre ainsi que de la composition et classification des météorites.

- Jean-David DETTWILLER (1818-1898) : originaire de Mulhouse, il fut maire du premier arrondissement de la ville de Paris.

- Le chirurgien Charles DUBOST (1914-1991), membre de l’Académie de Médecine, qui fut le premier à réaliser en France la correction de la maladie bleue et à introduire en Europe la chirurgie à cœur ouvert à l’aide d’un cœur-poumon artificiel. Il repose dans une très belle tombe Art nouveau.

- Le peintre Hector DUMAS (1872-1965), ancien élève de Gérôme, Bouguereau et Merson. Il repose dans la chapelle Guicheux et Bauche.

- L’architecte Louis GILBERT (1831-1904), qui réalisa l’essentiel de son oeuvre au Vésinet où il était installé : plusieurs édifices publics dont des écoles et la nouvelles mairies, et de nombreuses villas pour des particuliers.

- La peintre et sculpteur Caroline GRABOWSKA (+1920).

-  Jeanne HENRIOT (Jeanne Grossin : 1878-1900) : jeune comédienne fort prometteuse de la Comédie Française (où elle joua le repertoire classique), elle périt dans l’incendie du Théâtre Français dont elle fut l’unique victime.

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Acte de décès de Jeanne Henriot - Paris.

Elle fut inhumée sous un monument aux frais de la municipal, sous un buste de Denys Puech. Son épitaphe touchante dit : Elle est venue, elle a souri, elle a passé...

- L’industriel Ernest MERCIER (1878-1955), issu d’une famille de colons algériens venant du Doubs. Ancien élève de l’École Polytechnique, ingénieur du Génie Maritime, il fut le créateur de l’Union d’électricité. Il conçut l’usine de Gennevilliers, première supercentrale européenne. Fondateur et président de la société Alsthom, co-fondateur de la Conférence mondiale de l’énergie, il créa en 1921 à la demande de Poincaré la Compagnie française des pétroles : elle fut suivie en 1929 par la Compagnie française de raffinage puis en 1931 par la Compagnie navale des pétroles. Président de la Lyonnaise de eaux et de l’éclairage en 1933, il fut également le fondateur du « Redressement français » en 1925, un mouvement destiné à « rassembler l’élite et éduquer les masses » (consistant pour l’essentiel à faire adopter par la France un mode de régulation fordiste -forte productivité, salaires élevés et consommation de masse- et une modernisation des institutions et de la vie politique. Il repose dans le caveau de famille de son beau-père, l’industriel Mathieu DREYFUS (1857-1930), qui n’était autre que le frère du célèbre capitaine Alfred Dreyfus. Persuadé dès l’origine de l’innocence de son frère, il batailla jusqu’à sa réhabilitation pour faire admettre cette erreur judiciaire.

- La comédienne Blanche PIERSON (1842-1919), qui joua dans bien des théâtres, à Paris comme en province, avant de connaître la révélation en 1872, lors de la reprise de La Dame aux camélias. En 1884, elle entra à la Comédie-Française dont elle devint sociétaire deux ans plus tard. Elle était originaire de la Réunion.

- Le métallurgiste Albert PORTEVIN (1880-1962), qui fut un précurseur dans ce domaine, particulièrement en ce qui concerne les aciers inoxydables. Au cours de sa carrière, il fit paraître quelques 500 mémoires, concernant la sidérurgie ou la métallurgie. Il fut élu en 1942 à l’Institut (Académie des Sciences), et en devint le président en 1959.

- Auguste RATEAU (1863-1930) : ingénieur, il fut professeur à l’École des mines de Saint-Étienne de 1888 à 1897. Il se lança ensuite dans une carrière industrielle exploitant les turbo-machines. Il fabriqua des ventilateurs pour les mines, des soufflantes pour les aciéries, des pompes à eau, des turbines à vapeur pour bateau et inventa le turbo-compresseur pour moteur à combustion interne. Il réalisa en 1896 des lunettes électriques à obturateur dans le but de proposer le visionnage de films en 3D. Il fut membre de l’Académie des Sciences.

- Walther STRARAM (Walter Marrast : 1876-1933) : figure éminente de la vie parisienne tout particulièrement entre 1923 et 1933, longtemps chef de chant, il vint assez tard à la direction d’orchestre. Il fonda en 1923 l’Orchestre Straram composé de l’élite des instrumentistes parisiens avec lequel il produisit chaque année une série de concerts tout à fait exceptionnelle. En 1929, il fut nommé administrateur délégué de la Société Parisienne de Spectacles (Théâtre des Champs-Elysées), théâtre dans lequel il organisa des festivals Mozart, Wagner... invitant également les compositeurs de son temps à venir diriger eux-mêmes leurs œuvres : c’est ainsi qu’Igor Stravinsky dirigea pour la première fois Le Sacre du printemps avec l’Orchestre Straram. C’est également Walther Straram qui créa le Boléro de Maurice Ravel, le 22 novembre 1928. Avec lui repose son fils, Enrich STRARAM (1903-1983), qui tenta en vain de perpétuer l’orchestre de son père, et qui dirigea le Théâtre des Champs-Elysées.


Curiosités


- Dans cette division repose Elisabeth Bastin, tué à 17 ans par le « canon allemand à Paris en l’église Saint-Gervais ».

- Marie-Louise Lourmand repose dans une imposante chapelle : elle mourut à 29 ans, le 4 mai 1897, « victime de l’incendie du Bazar de la Charité où elle vendait pour les pauvres ».

- La chapelle « Albert Cocteau » abrite les dépouilles de l’oncle et des cousins de Jean Cocteau.

- Dans cette division repose Julie Bienvenüe (1860-1950), l’épouse du maréchal Foch. Elle cousinait également avec Fulgence Bienvenüe, le père du métro parisien.

- Une stèle brisée reconstituée sur la tombe abrite les dépouilles de Georges (1876-1963) et Madeleine (1878-1963) de Lauris, qui furent, en partie, des modèles pour les personnages de Saint-Loup et de Gilberte dans la Recherche de Proust. Elle était la fille de Claude Ferval.


Eléments artistiques significatifs


- Une pleureuse minérale sur la tombe des Bluzet, morts à la guerre.

- Une très belle mosaïque religieuse sur la tombe Gompertz.

- L’étonnante tombe Madrenas y Satorres : sous un imposant dais, une pleureuse en bronze s’accroche à un catafalque orné de faux joyaux. A l’intérieur du mausolée, le gisant en bronze d’une jeune fille repose sous la poussière et les ordures !

- Sur le fronton de la chapelle Dormeuil se trouve un petit ange pleureur acoudé contre un crâne : j’ai déjà raconté l’histoire de cette statue singulière dans l’article consacrée à la cathédrale d’Amiens.

- Le maître de forges Auguste Salin occupe une chapelle à l’ornementation chargée : surmontée d’un catafalque, sa façade est une composition de volutes sculptés autour de deux anges priants. A l’intérieur se trouve un buste en marbre.

- Un tombeau dépasse tous les autres en taille. Surmonté d’une statue en bronze, il s’agit de la tombe d’un jeune homme, Harry Sharon.


- Une division riche en vitraux.


Commentaires

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Passy (75) : tombeaux remarquables de la 15ème division
mardi 10 novembre 2015 à 16h35 - par  Couvreur Manuel

Je voudrais signaler la présence dans cette division, à côté de la tombe de Blanche Pierson, de celle de Gaston Bérardi (Bruxelles, 1849-Paris, 1926), publiciste, compositeur et écrivain, directeur du journal L’indépendance belge. Familier du monde du théâtre, tant à Paris qu’à Bruxelles, il était le témoin de Réjane, lors de son mariage en 1893.

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vendredi 14 février 2014

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