RODEZ (12) : cimetière

visité en août 2020
vendredi 2 avril 2021
par  Philippe Landru

Rodez possédait à l’origine trois cimetières : l’un situé sur l’emplacement de l’ancienne école normale des filles, où se faisaient les inhumations pour le quartier Saint-Amans ; le deuxième au nord de la cathédrale, le troisième étant celui de l’hôpital général. En 1828, , un arrêté préfectoral autorisa la commune de Rodez à transférer ses trois cimetières dans une nouvelle nécropole, officiellement inaugurée en 1831 : le cimetière de Saint-Cyrice. Il se trouvait là où se trouve désormais le parking situé près de l’église du Sacré-Cœur.

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L’ancien cimetière Saint-Cyrice, devenu un parking.

Dès 1871, la question de l’agrandissement ou du transfert du cimetière Saint-Cyrice s’est posée, avec l’hypothèse de l’installer à l’endroit où il se trouve aujourd’hui, appelé « le puech de la Justice » car l’on y pendait les morts autrefois. Une question qui a nourri les polémiques jusqu’à la création du nouveau cimetière, celui qui y présenté dans cet article, inauguré en 1889. Ce n’est qu’en 1928, par un arrêté municipal, qu’a été décidé le début de la procédure d’expropriation qui dura jusqu’au début des années 60 ; une mesure qui provoqua de nombreuses levées de bouclier et de procès, les Ruthénois s’opposant au transfert de leurs défunts.

L’ancien cimetière ne ferma définitivement ses portes qu’au début des années 60. C’est ainsi qu’ont disparu les sépultures originelles de plusieurs illustres Ruthénois comme le sculpteur François Mahoux, Denys Puech, le général Béteille, le général Tarayre

L’actuel cimetière à une configuration originale. Bien qu’il reste essentiellement minéral (les arbres bordent uniquement certaines allées), son dessin correspond clairement à une recherche paysagère (ce qui n’était pas si fréquent à la fin du XIXe siècle). La photo en altitude fait clairement apparaître l’hexagone qui constitue la principale originalité du lieu.

La partie haute du cimetière permet d’avoir une vue qui domine la ville.

On saluera au passage l’extrême amabilité du conservateur du cimetière qui n’a pas ménagé son temps pour me retrouver certaines localisations que je cherchais.


Curiosités


- Peu d’ornements dans ce cimetière.

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Buste du philanthrope François Gally (+1855)

- L’étonnant gisant du docteur Anglade (+1853) (cimetière 4, allée 18)


Célébrités : les incontournables...


- Denys PUECH


... mais aussi


- La famille AFFRE de SAINT-ROME fait partie des familles subsistantes d’ancienne bourgeoisie du Rouergue. Jacques Affre acheta la seigneurie de Saint-Rome-de-Tarn en 17701. Elle fait partie de la noblesse pontificale et a reçu du Saint-Siège le titre de comte romain depuis 1876. Le tombeau familial se trouve dans ce cimetière. On y trouve en particulier :

  • Jean-Louis Affre (1771-1843), juge de Paix à Sainte-Affrique, qui fut le père de Denis Affre, archevêque de Paris de 1840 à 1848, qui fut tué devant une barricade lors de l’insurrection de juin 1848 alors qu’il prêchait l’apaisement et qui repose dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris.
  • Louis-Henri AFFRE (1791-1858), fils du précédent et frère de l’archevêque, avocat puis procureur du roi en 1815. Il fut le chef du parti légitimiste dans l’Aveyron et fut député de ce département de 1848 à 1851, siégeant à droite. Il repose avec son épouse, Fanny de Monseignat (+1858), d’où la présence de membres de cette famille ici.
  • Le général de Gendarmerie de la Révolution et de l’Empire Jean-Alexis BÉTEILLE (1763-1847). Il participa à toutes les grandes campagnes impériales et gravit tous les échelons pour finir général et baron d’Empire. Mort à Paris, il fut enterré au Père-Lachaise (1ère division). Son épitaphe précisait qu’il reçut « 15 blessures, dont 7 sur la tête ou le visage ». Ses cendres furent transférées en 2009, date anniversaire de Villodrigo, bataille de la campagne d’Espagne de 1812 où la gendarmerie fut engagée, au cimetière de Rodez, donnant lieu à une cérémonie militaire d’hommage de la gendarmerie.
  • Félix Hippolyte MONSEIGNAT du CLUZEL (1764-1840) : député de l’Aveyron au Conseil des Cinq-cents le 25 germinal an III, favorable au coup d’état du 18 brumaire, il siégea au corps législatif jusqu’en 1811. Chevalier d’Empire en 1810, il fut de nouveau député en 1815, pendant les Cent-Jours. II repose avec son épouse, sœur du général Beteille.
  • Hippolyte de MONSEIGNAT (1805-1893), fils du précédent, qui fut député de l’Aveyron de 1840 à 1844. Il était le neveu, par sa mère, du général Béteille.

- Le dragon d’Empire Jean-Amans BIRON (1770-1842), qui s’est vu attribuer en 1802 la première légion Honneur décernée à un Aveyronnais : il sauva Napoléon le 15 novembre 1796, au pont d’Arcole, en le dégageant des Autrichiens qui s’apprêtaient à le saisir. Deux ans plus tard, dans la plaine de Marengo, bien que blessé de deux balles et d’un coup de sabre à une cuisse, il fonça sur le chef des Autrichiens, le major-général Zach, saisit les rênes de son cheval et traîna le chef ennemi aux pieds de Bonaparte. La bataille de Marengo, qui était très indécise, bascula alors en faveur des Français. Biron se vit attribuer un fusil d’honneur. Il figure sur le célèbre tableau de Louis- François Lejeune commémorant cette victoire qui se trouve aujourd’hui à Versailles. (cimetière 1, allée 2)

- Roland BOSCARY-MONSSERVIN (1904-1988) : maire de Rodez de 1965 à 1983, député (1951-1971) puis sénateur (1971-1980) de l’Aveyron, il fut ministre de l’Agriculture de 1957 à 1958. De 1959 à 1971, il représenta la France à l’Assemblée parlementaire européenne. Dans le même caveau repose Emile MONSSERVIN (1838-1911), magistrat qui fut sénateur de l’Aveyron jusqu’à sa mort (1892-1911). (cimetière 4, allé1)

- Louis BOULOUMIÉ (1812-1869) : avocat, il participa à la Révolution de 1848 et créa le journal L’Aveyron Républicain ce qui lui valut de nombreux déboires. Partisan du général Cavaignac, candidat malheureux contre Louis-Napoléon Bonaparte aux élections présidentielles de 1848, il figura sur les « listes noires » après le coup d’État du 2 décembre 1851. Plusieurs fois incarcéré, il fut condamné puis expulsé du territoire français. C’est à ce moment-là que, exilé à Barcelone, il s’intéressa à la nature et la biologie. Gravement malade des reins, du foie et de l’estomac, il fut autorisé à revenir sur le territoire français. Placé sous le régime de « surveillance de haute police », il fit plusieurs cures à Vittel et Contrexéville et constata les bienfaits des eaux minéralisées. En 1854, il racheta à un cultivateur la source de Gérémoy, réputée diurétique, et un pré de 80 ares, à Vittel dans les Vosges. En 1855, il obtint du gouvernement une autorisation d’exploitation. L’année suivante, il fit construire un petit pavillon pour la première installation de la mise en bonbonnes ou bouteilles carrées en grès. C’est ainsi qu’il fut le fondateur de la société des eaux de Vittel, aujourd’hui propriété du groupe suisse Nestlé. Il fut transféré du cimetière du Sacré-Cœur où il avait été initialement inhumé. Il repose de manière totalement anonyme dans la tombe familiale de son épouse, née Billoin. (cimetière 4, allée 6)

- L’aviateur Raymond CAILLOL (1887-1930), qui fut chargé d’une mission d’exploration aérienne entre la France et Madagascar. Avec son équipage, il trouva la mort au cours d’une tornade. (cimetière 2, allée 3)

- Le guitariste corse Paulo CHIESA (1909-1984), qui accompagna Tino Rossi et fit plusieurs enregistrements. (cimetière 2, allée 4)

- Camille DOULS (1864-1889) : explorateur du Sahara et de l’Afrique du Nord, il a pu pénétrer dans le Sahara occidental à une époque où la région était fermée aux étrangers, vivre parmi les populations Maures et rapporter de précieuses informations sur leur mode de vie et leur environnement. Il fut assassiné aux alentours d’Akabli, en actuelle Algérie. (cimetière 1, allée 1)

- L’architecte Sylvain LANDES (1869-1952). (cimetière 1, allée 2)

-  Eugène RAINALDI (1869-1938) : maire de Rodez de 1925 à 1965, député (1919-1928) puis sénateur (1930-1938) de la Gauche républicaine démocratique de l’Aveyron, il fut ministre à deux reprises : du Commerce et de l’Industrie entre 1924 et 1925, puis de la Justice de 1933 à 1934. (cimetière 1, allée 3)

- Le comédien Christian TOMA (1934-2018), qui interprétait dans les Fantômas un inspecteur assistant Juve, mais revêtait également le masque de Fantômas dans les scènes où Jean Marais jouait Fandor, ou, inversement, tenait le rôle de Fandor de dos lorsque Marais était Fantômas. Il repose dans le tombeau Anglade-Bousquet sans que son identité n’y figure. (cimetière 2, allée 5)


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vendredi 14 février 2014

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