SÈTE (34) : cimetière marin

dimanche 21 novembre 2010
par  Philippe Landru

Situé au-dessus du théâtre de la Mer, sur les pentes méridionales du Mont Saint-Clair, le cimetière marin de Sète est un des lieux les plus attachants de la ville. Il offre un panorama somptueux sur la mer et le port qui a inspiré Paul Valéry pour son fameux poème « le cimetière Marin ». Livrés à l’érosion naturelle, les terrasses et les murets de ce lieu de repos résistent depuis plusieurs siècles aux outrages du temps.

C’est entre 1670 et 1687 qu’un petit cimetière d’un peu plus de 1000m2 a vu le jour à Sète. Il était alors destiné à donner une sépulture aux premiers travailleurs venus construire le môle Saint-Louis. Il s’est agrandi au cours des siècles de parcelles successives, dont l’une réservée à la communauté protestante qui tint un rôle essentiel dans l’essor économique du port aux XVIIIe et XIXe siècles. C’est le 7 août 1945, qu’en hommage au poète Paul Valéry, le cimetière Saint-Charles prit le nom de Cimetière Marin, en référence au plus célèbre de ses poèmes.

Progressivement, Sète a vu prospérer l’opposition entre le cimetière marin, attirant toute les notabilités de la ville qui renforcèrent le caractère bourgeois du lieu ; et le « cimetière des pauvres » face à l’étang de Thau, celui du Py, rendu néanmoins célèbre par la présence de Brassens.

A noter que Jean Louis Gautreau a signé un très beau livre de photographies consacrées à ce cimetière : GAUTREAU Jean-Louis, Le cimetière marin, Editions singulières, 2008.

( Les numéros qui suivent chaque tombe renvoient à ce plan, afin de les localiser).


Curiosités


- Le cimetière est divisé en deux à cause de la route qui le traverse.

-  Quelques tombeaux remarquables par les anecdotes qui y sont associées :

— La belle chapelle de Georges Capetta (1863-1944) : issu d’une famille de tailleurs de pierres, il réalisa de nombreux monuments dans ce cimetière. Il est représenté, à l’entrée de sa chapelle funéraire, auprès de son épouse. (13)

— Celui de l’aspirant Eugène Herber (1878-1900), qui fut tué en Chine en défendant la légation française assiégée durant la guerre des Boxers. On donna son nom à un contre-torpilleur français. (1)

— Celui de Frédéric Richard et Joseph Barthélémy, qui périrent en mer en 1867 en voulant porter secours à un navire américain en détresse. (4)

— Le sarcophage de Louis Rieu, courtier maritime, qui rappelle le tombeau de Napoléon aux Invalides. (10)

— Le beau tombeau de Marie-Rose Goudard (morte en 1919 à 16 ans), réalisé finement en marbre de carrare. (14)

— Le tombeau de Joseph Biondini, pêcheur d’origine italienne, qui reproduit un thonier.

-  La chapelle des négociants Amadou-Herail, dite « des pleureuses », édifiée au milieu du XIXe siècle. (9)

-  Edifié en 2009, un mémorial en hommage aux morts civils et militaires « laissés en Afrique du Nord ». (8)

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Célébrités : les incontournables…


-  Paul VALÉRY (6)
-  Jean VILAR (12)

Contrairement à une erreur souvent colportée (récemment encore dans le dernier film de Chabrol, Bellamy), si Georges Brassens repose bien à Sète, il ne repose pas au cimetière marin mais dans celui du Py.


… mais aussi


-  Vincent CIANNI (1895-1960), grande figure populaire de la ville, qui fut des années 30 aux années 50 champion de joutes languedociennes. Son tombeau est orné d’un beau bas-relief : il y est représenté au centre d’une joute tenant une coupe. Son épitaphe proclame : « Si tu n’aimes pas nos joutes sétoises, n’approche pas de ce tombeau. Si tu les aimes, ne crains point. Approche, assieds-toi, et si tu le veux, sommeille. Quand tu te réveilles, n’oublie pas de les honorer. » (16)

-  Henri COLPI (Enrico Colpi : 1921-2006) : monteur, scénariste et réalisateur français, il se fit connaître comme monteur au cours des années 1950, collaborant notamment avec Charles Chaplin, Alain Resnais et Henri-Georges Clouzot. Il enseigna longtemps l’art du montage à l’Institut national supérieur des arts du spectacle et des techniques de diffusions de Bruxelles. Son premier film Une aussi longue absence, sur un scénario de Marguerite Duras, obtint la palme d’or au festival de Cannes 1961, ainsi que le prix Louis-Delluc l’année précédente. Réalisateur du film Heureux qui comme Ulysse, qui offrit son dernier rôle à Fernandel, il fut également l’auteur des paroles de la chanson éponyme laquelle, mise en musique par Georges Delerue, était interprétée par son ami Georges Brassens. Il fut également réalisateur pour des séries télévisées. Plusieurs plaques ornent sa tombe : l’une proclame qu’il « ne tournait que des histoires d’amour », une autre offre une citation de Cocteau : « Les poètes ne font que semblant d’être morts ». (7)

-  Le peintre Pierre FRANÇOIS (1935-2007), connu pour la diversité des supports sur ou pour lesquels il peignit ; supports classiques tels que la toile, la fresque, les affiches, les livres, les revues, les costumes de théâtre et les décors… mais aussi supports issus du folklore sétois, tels les pavois ou les assiettes de joutes, des volets ou des fenêtres, quais, etc... Influencé par Dufy, Soulage ou Dubuffet, il fut à son tour une influence notable de la figuration libre.

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-  Emmanuel GAMBARDELLA (1888-1953) : journaliste sportif, dirigeant de football, il présida la Commission du Championnat de France Professionnel de la FFF avant la Seconde Guerre mondiale, puis la Ligue (1944-1953) et la Fédération (1949-1953), cumulant ainsi pendant quatre ans les fonctions de président la FFF et de la Ligue. La coupe nationale des juniors porte son nom depuis 1954. Emmanuel Gambardella signa également des romans, des pièces de théâtre et opérettes entre 1920 et 1925, soit 18 œuvres en cinq ans, avant de s’orienter vers le journalisme sportif à partir d’octobre 1925. Il collabora à plusieurs titres de presse dont Football de 1934 à 1939. Il fut également directeur de radio à Montpellier et directeur du conseil d’administration du Midi libre. (2)

-  Charles LEMARESQUIER (1870-1972) : architecte français, élève puis successeur de Victor Laloux aux Beaux-Arts, membre de l’Institut, on lui doit notamment à Paris plusieurs édifices marquants dans le paysage : l’hôpital Sainte-Anne, le palais Berlitz ou encore le Siège de Félix Potin, boulevard Sébastopol. Il fut le beau-père de Michel Debré. Il repose avec son épouse sous une tombe de sa composition (5)

- Le général Hilaire-Benoit REYNAUD (1772-1855), qui participa aux campagnes napoléoniennes et devint baron d’Empire. Il se signala particulièrement dans la campagne d’Espagne. Avec lui repose son fils, le banquier Louis REYNAUD (1806-1889), qui fut maire de Sète de 1843 à 1848 et député orléaniste de l’Hérault de 1846 à 1848.

-  Mario ROUSTAN (Marius Roustan : 1870-1942) : enseignant, puis inspecteur de l’académie de Paris, il fut élu sénateur de l’Hérault en 1920. Menant une carrière ministérielle, il fut plusieurs fois Sous-secrétaire d’Etat avant de devenir, par trois fois, ministre de l’Education nationale. En tant que tel, il apporta son soutien à l’enseignement de la géographie, veilla à l’essor de l’enseignement technique et fit voter en 1932 la gratuité de la classe de quatrième. Il fut à l’origine de la loi du 30 décembre 1921, connue sous le nom de « loi Roustan », qui facilita le rapprochement des fonctionnaires mariés. Il fut l’auteur de son épitaphe «  Il est bon de rappeler à tous quelles furent ces âmes qu’il avait forgées ». (11)

- Le peintre Maurice-Elie SARTHOU (1911-1999), qui fut l’un des représentants de la nouvelle École de Paris des années 1950. Formé aux Écoles des Beaux-Arts de Montpellier et de Paris, remarqué par les grandes collections muséales françaises dès ses débuts en peinture, ce paysagiste aux tendances abstraites a représenté avec vigueur les paysages sétois, la Provence, les Alpilles et la Camargue. Il partageait son travail entre ses deux ateliers de Sète et de Paris.


Merci infiniment à Bernadette Bessodes à qui je dois ce reportage photo sur le cimetière marin. Les vues d’ensemble du cimetière sont issues de deux sites : www.decouverte34.com et www.mesphotossetoises.blogs.midilibre.com


Commentaires

SÈTE (34) : cimetière marin
dimanche 21 novembre 2010 à 06h59

Le sarcophage rappelant le tombeau de Napoléon aux invalides date de 1893.
Louis Rieu, courtier maritime, 1856.

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