CRÉTEIL (94) : cimetière communal

Visité en octobre 2008
jeudi 28 octobre 2010
par  Philippe Landru

Ouvert en 1822, le cimetière de Créteil est de taille relativement modeste. On y pénètre par un espace funéraire militaire intermédiaire comprenant, outre le monument aux morts, plusieurs autres monuments à caractère commémoratifs, en particulier l’ancienne porte de la prison du Cherche-midi.

Dans les allées de la partie ancienne du cimetière, quelques vieilles chapelles de la bourgeoisie indusctrielle de la ville au XIXe siècle ont été conservées et classées. Ce cimetière ne brille ni par son cadre quelconque, ni par l’absence quasi-totale d’oeuvres d’art. La visite n’en est pas moins agréable, et il contient quelques tombes dignes de capter l’intérêt des taphophiles.


Curiosités


- A l’entrée du cimetière, un vieux puits anachronique accueille les visiteurs.

- Le monument commémoratif le plus intéressant du cimetière est sans conteste une porte massive, dont l’histoire mérite d’être contée : en 1966, un conseiller municipal de Créteil et ancien résistant, apprend par l’un de ses amis, fonctionnaire au ministère de la Justice, la démolition de la prison militaire du Cherche-Midi. Il se rend sur le chantier et achète, pour cinquante mille francs, les portes monumentales de la prison parisienne par lesquelles sont passés tant de prisonniers militaires, politiques et résistants… Il les fait venir à Créteil et les cède à la section du Souvenir Français de la ville. Un projet de monument commémoratif de la Résistance dans lequel ces portes seraient intégrées est évoqué, en particulier par le Général Pierre Billotte, député-maire de Créteil, mais celui-ci tarde à se concrétiser. C’est en 1980, sous l’impulsion de Laurent Cathala, nouveau député-maire, que le projet prend forme et, par délibération du 30 septembre 1982, il est décidé d’ériger sur l’esplanade du Souvenir, près du cimetière, « un monument pour l’installation des portes du Cherche-Midi ». Le monument est inauguré le 11 novembre 1982. Dans son sillage a été créé le Comité National du Mémorial du Cherche-Midi. Il a pour objet de reconstituer l’histoire de cette prison militaire et de dresser la liste de celles et ceux qui ont été jugés et condamnés pour faits de résistance par le tribunal militaire allemand qui siégea dans la prison de juin 1940 à août 1944. Chaque année depuis 1987 le premier dimanche d’octobre, au fur et à mesure qu’ils sont connus de façon précise, les noms des résistants disparus sont gravés sur le Mémorial : il y en a pour l’instant 107, identités alignées de part et d’autre de la porte. Parmi ses noms, certains ne sont pas oubliés (Honoré d’ESTIENNE d’ORVES, Jan DOORNIK, Gabriel PERI...), un nombre important de ces fusillés étant devenus des Compagnons de la Libération à titre posthume.

- Près de la porte, le monument aux morts fut érigé en 1921 par l’ entrepreneur L. Bardet à la suite d’ un concours remporté par le sculpteur Alexandre Descatoire.

- Un ossuaire perpétuel, commémorant la mémoire de ceux dont les tombes ont disparu.

- La tombe de la duchesse de la Force, née Georgina Harriet Smythe (elle était la nièce de l’épouse morganatique du roi Georg IV d’Angleterre). Elle mourut en 1867, assassinée par son cocher !

- La stèle de Théodore Lancelot du Lac (+1879), qui fut garde du corps de Charles X.

- La tombe Félix, et son Christ montrant le Sacré Coeur, l’une des rares statues du cimetière.


Les célébrités : les incontournables...


Aucune


... mais aussi


- Le général François Gédéon BAILLY de MONTHION (1776-1850) : originaire de la Réunion, il servit aux armées de Moselle et du Nord, puis fit ensuite partie des Armées de l’Ouest, de Sambre-et-Meuse, de Mayenne et d’Italie. Gouverneur de Tilsitt en 1807, général de brigade en 1808, il fut fait baron puis pair de France par Louis Philippe. Son nom est gravé sous l’Arc de triomphe de l’Étoile.

- Le général Pierre BILLOTTE (1906-1992), qui durant la campagne de France parvint à ralentir l’avance des chars de Guderian dans les Ardennes. Représentant de la France libre à Moscou, puis secrétaire du comité de défense nationale à Londres, il débarqua en Normandie à la tête de la brigade blindée de la division Leclerc et participa à la libération de Paris, faisant prisonnier von Choltitz. Il fut fait Compagnon de la Libération. Elu député RPF de la Côte-d’Or en 1951, il fut ministre de la Défense nationale entre 1955 et 1956. Pierre Billotte fut l’un des gaullistes de gauche qui participèrent à la fondation de l’Union démocratique du travail (UDT). Nommé haut-commissaire en Algérie, il fut finalement remplacé par Christian Fouchet en 1962. Député du Val-de-Marne de 1962 à 1978, il fut encore ministre d’État chargé des départements et territoires d’outre-mer entre 1966 et 1968. Il fonde un « Mouvement pour le socialisme par la participation » en 1971. Il fut maire de Créteil de 1965 à 1977.

- Jean-Antoine BORD (1814-1888) : facteur de pianos français originaire de Toulouse, il s’installa à Paris en 1843 et produisit 1 200 modèles de pianos originaux. Il se spécialisa dans les petits instruments rafinés, et fut renommé pour le soin et la décoration de ses instruments. En 1882, il inventa le sillet sans agrafes.

- Le peintre Eugène CHARVOT (1847), qui étudia d’abord la médecine et devint médecin dans l’Armée Française. Stationné à Paris entre 1871 et 1873, il en profita pour étudier la peinture auprès de Félix Henri Giacomotti et Léon Bonnat. Il exposa des paysages et des scènes tunisiennes aux salons parisiens. Il est surtout connu comme graveur.

- Tony d’ARPA (1941-2002), qui fut l’un des membres fondateurs et le guitariste rythmique des Chaussettes Noires, dont Eddy Mitchell était le chanteur. Sa carrière médiatique prit fin avec la fin du groupe.

- Camille DARTOIS (1838-1917) : avec le photographe Nadar et Jules Duruof, il fonda lors du siège de Paris par les Prussiens la « Compagnie d’Aérostiers » dont le but était la construction de ballons militaires pour les mettre à la disposition du gouvernement. Ils établirent un campement sur la place Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre, où naquit la poste aérienne du siège. Les ballons permettaient de surveiller l’ennemi, d’établir des relevés cartographiques et également d’acheminer du courrier. C’est à bord de l’un d’entre-eux que Léon Gambetta, ministre de l’Intérieur, quitta Paris le 7 octobre 1870 pour regagner Tours afin d’y organiser la résistance à l’ennemi. Au total, 66 ballons furent construits, qui transportèrent 11 tonnes de courrier. Cinq des ballons seront capturés par l’ennemi. Cette première fabrication en série d’aéronefs, marqua officiellement la naissance de l’industrie aéronautique. Deux « usines » avaient été installés dans les gares de chemin de fer réquisitionnées : les frères Godard à la gare (Une gare est d’ordinaire un lieu d’arrêt des trains. Une gare comprend diverses installations qui ont une double...) de Lyon et Dartois et Yon à la gare du Nord.

- Raoul DIAGNE (1910-2002) : footballeur d’origine sénégalaise, fils de l’ancien ministre des colonies Blaise Diagne, il fut sélectionné 18 fois en équipe de France et fut le premier joueur noir a connaître les honneurs de la sélection dès 1931. Il joua en équipe de France jusqu’en 1940 et participa à quatre coupe de France. Sa carrière de joueur achevée, il devint entraîneur de clubs en AOF, en Belgique et en Algérie, avant de prendre en mains l’équipe nationale du Sénégal au début des années 1960. Crématisé, il repose avec son épouse dans une case discrète du columbarium.

- Gabriel GOBIN (1903-1998) : comédien belge, il débuta sa carrière dans les théâtres de province et de Belgique puis monta à Paris en 1935. Il intègra alors la troupe de Georges Pitoëff et participa à la création de nombreuses pièces de Jean Anouilh, Marcel Achard, Steve Passeur, Noël Coward, etc. Il débuta au cinéma en 1947, et devint un second ou troisième rôle dans plus de cent films. A partir de 1956, il participa à de nombreux feuilletons télévisés (Les cinq dernières minutes, L’homme du Picardie...).

- Louis GUILLAUME (1907-1971) : enseignant, écrivain et poète français, il tint également pendant quasiment quarante ans un Journal. Sa sépulture, sur laquelle est déposée une pierre gravée de l’un de ses poèmes, est ornée d’un médaillon en bronze de Jean Baudet.

- L’architecte et décorateur Jacques MOTTHEAU (1899-1981), qui fut professeur à l’École des Beaux Arts de Rennes. Membre du Comité supérieur de l’Enseignement des arts décoratifs, Jacques Mottheau reçut des commandes de l’État, notamment pour l’Élysée, et fut Président de la Société des Artistes Décorateurs. Concepteur de mobiliers, il s’est particulièrement intéressé à l’art breton. Dans son tombeau repose également Eugène VOISIN (1834-1914), qui fut maire de Joinville-le-Pont.

- Le peintre Paul PARFONRY (1857-1920), qui représenta souvent des personnages dans des décors intérieurs urbains du XVIIIème siècle. Il repose sous le beau et imposant mausolée de famille.

- Léon Roger WEIL (1896-2006) n’est pas une personnalité connue, mais il représenta pendant un temps un symbole : décédé à l’âge de 109 ans, il était le septième dernier poilu français. Durant la Première Guerre modiale, il avait été incorporé au 5e Bataillon de Chasseurs Alpins en Alsace, et avait participé en 1917 à la bataille du Chemin des Dames. Il fut résistant durant la Seconde Guerre mondiale. Il rejoignit dans le caveau son épouse, décédée... 44 ans auparavant !!


Commentaires

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CRÉTEIL (94) : cimetière communal
jeudi 11 novembre 2010 à 22h14 - par  Roland PARFONRY

Avec rapidité M. Landru m’a transmis trois photos du mausolée de la famille PARFONRY que j’avais découvert avec beaucoup de bonheur sur son site. Sans problèmes, j’ai pu en transférer deux sur le blog que je consacre en partie à l’histoire de cette famille.
C’est évidemment un travail de longue haleine auquel s’est attelé le responsable de ce site. Mais c’est une réelle plus value pour la conservation de la mémoire ainsi que pour la découverte d’endroits méconnus.
La seule remarque concernant le mausolée de la famille PARFONRY concerne le fait qu’il faudrait également mentionner le père de Paul, François-Xavier, Chevalier de la Légion d’Honneur, qui fut un des plus grands marbriers d’art de la seconde moitié du XIXème siècle en France et dont la postérité est manifestement plus importante sur le plan de l’art de nos jours que son fils.

Site web : Le blog de PARFONRY
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CRÉTEIL (94) : cimetière communal
lundi 1er novembre 2010 à 10h00 - par  Ronan

Je parcoure très régulièrement le site et je tiens à féliciter Philippe Landru pour le travail précieux, justifié par l’envie, la plupart du temps, de comprendre les différents styles architecturaux que l’on retrouve dans les cimetières français. Ce qui est une spécificité française.

Je connais extrêmement bien le sujet pour y avoir travailler pendant quelques années.

Je vous remercie, continuez vous êtes lu....

Ronan

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CRÉTEIL (94) : cimetière communal
lundi 1er novembre 2010 à 06h00 - par  Monique Bonvallet

Monsieur le courageux anonyme, ou madame la courageuse anonyme,

Votre désobligeance n’a d’égale que votre ignorance.

Au plaisir de ne jamais vous rencontrer. Monique Bonvallet.

http://cimetieresaintrochgrenoble.e-monsite.com

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CRÉTEIL (94) : cimetière communal
dimanche 31 octobre 2010 à 13h04 - par  Marie Beleyme

Alors là, ça me dépasse...

Je ne comprends pas l’intérêt du commentaire que vient de déposer un internaute anonyme (un de plus) à 11h04. Comment se fait-il qu’une personne censée et réfléchie puisse se permettre un message aussi haineux ? Je ne sais trop comment interpréter ces accusations gratuites...

Jalousie ? Frustration ?

D’une part, je peux certifier que Philippe Landru a bien visité le cimetière de Créteil en 2008 et ce pour une bonne raison : j’étais avec lui. Philippe a des centaines de photos sur son disque dur en attente de traitement : il fait les articles quand son emploi du temps lui en laisse le loisir, tout simplement.

D’autre part, je trouve assez gonflé d’accuser Philippe de vol de photos : si vous parcourez tous les articles publiés, vous vous rendrez compte que quand les photos ne sont pas de lui, il ne manque pas de citer sa source ou de remercier les internautes qui les lui ont envoyées. C’est assez rare sur le Net pour être remarqué. Et puis un petit tour sur d’autres sites vous permettra de repérer de très nombreuses photos « empruntées » au présent site, parfois retravaillées de façon grossière mais reconnaissables à de menus détails et surtout à leur mauvaise définition. C’est malheureusement la loi du Net où trop de gens pensent que tout ce qui est publié tombe dans le domaine public. Pas grand chose à faire contre cela...

C’est à l’internaute au final qu’il appartient de faire le tri entre les sites sérieux, apportant de réelles connaissances, et ceux qui ne sont pas le fruit d’un travail réel mais le produit de simples copier-coller.

Bonne journée aux lecteurs du site.

CRÉTEIL (94) : cimetière communal
dimanche 31 octobre 2010 à 11h04

Facile de piquer les photos, cartes postales etc des autres pour faire son article et de dire que l’article a été fait en 2008.

Un prof nécrophage qui se nourrit de la mort des autres et qui ment, quelle éducations pour nos enfants.

dimanche 31 octobre 2010 à 17h14 - par  Philippe Landru

répondrai bien entendu : au futur comme au conditionnel !!! ;-)

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dimanche 31 octobre 2010 à 17h04 - par  Philippe Landru

Bonjour Ghislain

Je ne répondrais rien à ce personnage frustré qui ne mérite que le plus grand mépris.

Bonne Toussaint à tous les autres.

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dimanche 31 octobre 2010 à 15h03 - par  MARRY Ghislain- EVIGNY (Ardennes)

Après Henri- Désiré qui brûlait d’amour pour ses maîtresses, voici Philippe LANDRU le menteur, le voleur de photos, le nécrophage qui déterre les cadavres pour les dévorer !
Que préférez-vous Philippe ? le foie ou le thymus ?

Nous sommes en plein délire ! Mais, au fait M. l’internaute masqué, n’est-ce pas Halloween ce soir ?

Un internaute amusé.

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vendredi 14 février 2014

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