GRENOBLE (38) : cimetière Saint-Roch

Visité en février 2009
mercredi 31 mars 2010
par Philippe Landru

En 1497, pendant les épidémies de peste, un hôpital fut fondé en dehors des remparts, à l’Est de la ville, dans la presqu’île formée par une courbe de l’Isère nommée l’Isle ou l’Isle Verte, pour accueillir les victimes du fléau bannies de la cité. Il porta le nom d’Hôpital des Infez (c’est-à-dire des infectés). Il était entouré d’un cimetière, où étaient ensevelis les pestiférés, et d’une chapelle dédiée à Saint Roch. L’hôpital fut abandonné en 1717, seule resta la chapelle.

C’est sur cet emplacement que, trois siècles plus tard, en septembre 1808, par délibération du Conseil municipal, fut décidée la création d’un nouveau cimetière, malgré les plaintes des riverains. Il fut solennellement béni par l’évêque de Grenoble, le 19 août 1810. Dès le lendemain, Saint-Roch fut officiellement ouvert et les premières inhumations ont lieu le jour même. Le cimetière fut agrandi en 1854 par le Nord avec une nouvelle enceinte en forme d’hémicycle.

Aujourd’hui, le cimetière Saint-Roch compte 25 000 concessions sur 13 ha. Plus de 800 tombes ont été classées remarquables, tant sur le plan architectural qu’historique lors de l’inventaire réalisé en 2005 par la ville de Grenoble et le Conseil général de l’Isère.

Le cimetière Saint-Roch est grand, mais reste à taille humaine. Si les célébrités de première grandeur n’y figurent pas, tout le patrimoine de la ville est là, des grandes familles de gantiers à la bourgeoisie d’affaires, des militaires napoléoniens aux artistes locaux. Beaucoup de tombeaux présentent un intérêt artistique, car les sculpteurs et architectes grenoblois utilisèrent le lieu comme un véritable laboratoire à leur création. On sera également surpris d’y trouver les tombeaux d’entrepreneurs dont le nom dépassa de très loin les frontières du Dauphiné. L’hémicycle que forme l’enceinte, située derrière la chapelle, est une création originale qui constitue la partie la plus agréable du cimetière : c’est là que l’on trouvera une grande partie des tombeaux dignes d’intérêt.

Les amateurs de Stendhal seront ravis : si ce dernier ne repose évidemment pas ici mais à Montmartre, beaucoup de ses familiers se trouvent en revanche dans ce cimetière. La lecture de La vie d’Henri Brulard s’accompagnera inévitablement d’une visite à Saint-Roch.

La Chapelle Saint-Roch

Une ancienne chapelle, dédiée à Saint Roch et implantée aux bords des berges de l’Isère dans la boucle de l’Ile Verte, était le dernier vestige de « l’hôpital des Infez » fondé au XVe siècle qui accueillait les pestiférés hors les murs. Elle fut sauvée de la destruction grâce à la dévotion des Grenoblois et subsista jusqu’au milieu du XIXe siècle. En 1810, elle donna son nom au cimetière établi à ses abords mais fut démolie lors d’un agrandissement de ce dernier. En 1826, une nouvelle chapelle fut construite au centre du cimetière. Elle est en pierre blanche et dotée d’une belle façade classique. Cette chapelle, fermée pendant longtemps au public pour cause de vétusté, a été rénovée récemment par la municipalité qui a décidé d’en faire un lieu de recueillement et de repos pour ceux qui viennent honorer leurs morts. La décoration intérieure du chœur a été confiée à l’artiste peintre Virginia Alfonso qui a illustré avec des couleurs éclatantes le cycle de la vie.

Une association

Le cimetière Saint-Roch à la chance de posséder une association (Saint-Roch ! Vous avez dit cimetière ?), laquelle a pour but la valorisation et la médiatisation du patrimoine funéraire du lieu. Non seulement cette association a édité plusieurs brochures très intéressantes (utilisées en partie pour cet article, en particulier pour l’historique du lieu), mais elle organise régulièrement des visites thématiques du cimetière. On ira consulter leur site internet.


Curiosités


- Dans le caveau de la famille Blanchet, plusieurs liens généalogiques avec des personnalités sont évoqués : l’oncle et le cousin de Stendhal, l’arrière nièce du connétable de Lesdiguières, la filleule et petite nièce de Juliette Récamier… La place de l’écrivaine Claude Claire Lagache-Blanchet (née en 1933) est déjà prête.
- La caveau Aurouze-Christophe est ornée d’un beau Chronos méditant réalisé par Henri Ding. La faux qu’il tenait autrefois a disparu, mais l’originalité de la sculpture provient de la petite pendulette qui remplace le classique sablier.
- Le beau groupe d’enfants par Sappey sur la tombe Recoura.
- Le piédestal du tombeau du capitaine de Villiers, mort en 1848 en défendant la République, reproduit son shako, son sabre et ses épaulettes.
- Les galbes des plaques de marbre sur la tombe Chatin sont remarquables de virtuosité.
- La sépulture Bandel, décorée par Henri Ding.
- La tombe d’Henri Dumoulin, professeur à la Faculté des Sciences, est ornée des instruments de travail : compas, mappemonde…
- La très belle tombe du capitaine Eugène Vitteau (1818-1850), qui participa à la campagne d’Algérie de 1845 à 1848. Dans un contexte d’expansion coloniale, sa décoration est fortement imprégnée du goût pour l’orientalisme : le panorama central représente un paysage algérien tandis qu’au premier plan se trouvent, posés sur un large piédestal, les attributs de l’artilleur : le fût d’un canon, une épée et son fourreau, des épaulettes et le shako.
- On admirera la subtile ornementation de la tombe Thibaud : sur une « table » posée devant la stèle figurent des objets de la vie quotidienne de la famille : tasse, équerre, boite de peinture, missel, insigne de la Franc-maçonnerie…
- Une tombe permet de rappeler un fait-divers tragique : celle de la jeune Augustine (dite Rosita) Gandolfo, dompteuse de fauves égorgée par sa lionne Lydie en avril 1891 alors que son cirque se produisait à Grenoble. La population de la ville et les forains se cotisa pour lui offrir une sépulture. Pendant longtemps, une statue de la lionne (volée depuis) ornait sa tombe.

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Célébrités : les incontournables…


Stricto sensu, aucune. Il est vrai que les Grenoblois les plus fameux ont été « happés » par Paris : Stendhal à Montmartre, Alphand et Casimir Périer au Père Lachaise… On se consolera devant le grand nombre de personnalités secondaires inhumées ici.


… mais aussi


- Jean-Alexis ACHARD (1807-1884) : peintre autodidacte, il entama son apprentissage en copiant des toiles du musée de Grenoble. Arrivé à Paris, il copia les peintres hollandais du Louvre. De son voyage avec Sappey en 1835, il ramena des scènes de genre et exposa au Salon de 1838. Dans les années 1840, il fréquenta l’école de Barbizon et devint l’ami de Corot, Rousseau, Daubigny et Diaz. A Honfleur, il fréquenta Eugène Boudin. Il fut connu pour ses toiles représentant des paysages du Dauphiné, ce faisant ; fut l’initiateur de l’école dauphinoise à laquelle appartinrent plusieurs peintres inhumés dans ce cimetière. Il fut l’initiateur de Harpignies. Sa tombe est ornée d’un bas-relief représentant un chêne sur lequel est accroché sa palette.

- Edouard d’APVRIL (1843-1928) : peintre de genre et portraitiste, il fut également inspiré par les maîtres flamands et hollandais qu’il copiait à ses débuts au musée de Grenoble. Il exposa régulièrement au Salon de Paris entre 1868 et 1885.

- Pierre-Joseph ARNAUD (1801-1885) : entrepreneur de travaux publics, il fut maire de Grenoble de 1851 à 1853 et député de l’Isère de 1852 à 1863. Avec lui repose son gendre, Jean-Thomas VENDRE (1818-1873), maire de Grenoble de 1865 à 1870, également député de centre-droit de l’Isère de 1869 à 1870. On remarquera la riche ornementation du fronton où apparaissent tous les instruments en rapport avec les travaux publics (tombereau, brouette, pelle, truelle…).

- Le Compagnon de la Libération Michel ARNAUD (1915-1990), qui participa activement au ralliement du Tchad au général de Gaulle.

- Joseph-Marie de BARRAL de MONTFERRAT (1742-1828) : Premier président du Parlement de Grenoble, acquis aux idées révolutionnaires, il fut maire de Grenoble à trois reprises sous la Révolution et parvint à protéger sa ville contre les excès de la Terreur. Il se rallia à Bonaparte le 18 Brumaire, mais fut définitivement écarté des fonctions politiques par le gouvernement de Louis XVIII. Il fut membre du Corps législatif de 1803 à 1814. Il repose dans une chapelle richement ornée par Irvoy.

- Louis BEILLIER (1830-1916) : architecte de la ville de Calais.

- Le sculpteur Eustache BERNARD (1836-1905). On notera les outils du sculpteur sur le bas-relief qui orne sa tombe. En revanche, le buste en bronze qui se trouvait en son somment a disparu.

- Honoré-Hugues BERRIAT (1777-1854) : maire de Grenoble de 1835 à 1842, il fit beaucoup pour l’aménagement de la ville (mise en place des réverbères à gaz, aménagement des quais de l’Isère, pavage des rues…). Un cours de la ville porte son nom.

- Charles BERTIER (1860-1924) : peintre paysagiste membre de l’école dauphinoise, il exposa plusieurs fois au Salon.

- Jacques BOURDIS (1920-2007) : rallié dès juin 1940 à la Résistance, il participa aux campagnes de Libye et s’illustra à Bir-Hakeim et à El-Alamein. Aide de camp du général Koenig en 1945, il servit également en Indochine puis en Algérie. Il fut fait Compagnon de la Libération.

- Ernest Jean-Marie CALVAT (1852 -1910) : horticulteur grenoblois, il se spécialisa dans les chrysanthèmes dont il créa une nouvelle race. On donna le nom de son épouse à une rose (« Mme Ernest Calvat »). Avec lui est inhumé son père, Claude-Irénée dit Ernest CALVAT (1823 -1898), qui fut maire de Grenoble de 1871 à 1874. La stèle envahie de lierre est ornée d’un médaillon en bronze.

- Le peintre et graveur CARLE-DUPONT (Charles Dupont : 1872-1930).

- Louis CARTIER-MILLON (183-1860) : cet épicier racheta à Grenoble en 1860 une fabrique de pâtes alimentaires et se singularisa dès le début du siècle par des pâtes aux œufs frais. Restait à singulariser le produit : son fils eut l’idée d’organiser un concours d’affiches en 1910 auxquels participèrent tous les grands affichistes de l’époque (Forain, Willette, Poulbot, Synave…). Sur trois cents dessins proposés, celui de Synave, un damier blanc et bleu, est retenu, tandis que Forain propose que le produit soit incarné par un personnage, le fameux Pèr’Lustucru de la Mère Michel. Ainsi naquit la marque Lustucru. Les usines de la marque fonctionnèrent à Grenoble jusqu’en 1987 ! L’histoire aurait pu en rester là, mais il existe des familles étonnantes : s’étant, selon la tradition, fâché avec son père, Félix CARTIER-MILLON (1873-1964) prit en 1920 la direction d’une chocolaterie qui devint célèbre : Cémoi. La tradition (toujours elle) raconte que son nom serait venu de « Lustucru, c’est toi, le chocolat, c’est moi… ». Hum… pas sur que tout cela soit véridique, mais quelle famille tout de même ! Tous deux sont inhumés dans ce tombeau orné d’un Silence.

- Victor CASSIEN (1808-1893) : dessinateur, graveur et lithographe, il illustra de très nombreux ouvrages, le plus souvent en rapport avec le Dauphiné. Il repose dans le caveau de famille de son épouse, née Dodero, dans lequel repose également l’ingénieur et alpiniste Maurice DODERO (1898-1959).

- Le médecin Albin CRÉPU (1799-1859) qui fut l’introducteur de l’homéopathie à Grenoble. Fouriériste, il appartint au groupe phalanstérien de Grenoble et fut le conservateur du Museum de Grenoble. Il repose sous un beau tombeau orné d’un médaillon et d’une riche décoration par le sculpteur Irvoy.

- Louis CROZET (1784-1858) : ingénieur des Ponts et Chaussées, il dirigea plusieurs ouvrages dans le département de l’Isère, notamment le pont suspendu sur le Drac. Maire de Grenoble de 1853 à 1858, il avait été dans sa jeunesse le meilleur ami de Stendhal.

- Henri DING (Henri Dain : 1844-1898) : sculpteur, professeur à l’école des Beaux arts de Grenoble, son œuvre la plus connue est la Fontaine des trois ordres sur la place Notre-Dame à Grenoble. Il réalisa également de nombreuses sculptures funéraires qui ornent ce cimetière. Comme c’est souvent le cas pour les sculpteurs, sa tombe est une simple dalle quasiment à l’abandon.

- Louise DREVET (1835-1898) : romancière dauphinoise, elle puisa dans l’histoire régionale et dans les traditions orales du Dauphiné la matière à ses romans qui connurent un énorme succès, au-delà des limites de la région (Le petit-fils de Bayard, Philis de la Charce, Les légendes de Paladru…), ce qui lui valût le surnom de « Walter Scott du Dauphiné ». Elle repose avec son époux, le libraire et éditeur Xavier DREVET (1830-1904), avec lequel elle dirigea l’hebdomadaire Le Dauphiné, spécialisé dans les articles touchant la chronique mondaine, l’alpinisme qui débutait à cette époque, l’histoire locale et, en saison, la chronique des stations thermales.

- Henri Sébastien DUPUY de BORDES (1746-1815) : professeur de mathématiques de l’Ecole centrale, il eut pour élève Napoléon Bonaparte puis plus tard Stendhal, qui n’en dit pas que du bien dans son œuvre. Avec lui est inhumé son fils, le capitaine Pierre Macaire DUPUY de BORDES (1777-1870), qui fut blessé à Saint-Domingue. Leur tombe est ornée d’un magnifique bas-relief représentant canon, boulets et drapeaux.

- Frédéric FARCONET (1807-1863) : avocat républicain, il fut le chef de l’opposition grenobloise durant la Monarchie de Juillet : il devint assez naturellement en février 1848 le maire provisoire de Grenoble, avant d’être élu aux assemblées constituante et législative de 1848 et 1849 où, siégeant à gauche, il continua à se battre pour la défense des institutions républicaines. Fidèle à ses convictions libérales, il renonça à son activité politique après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Ses deux filles épousèrent deux frères, également inhumés dans ce tombeau : Eugène (1814-1863) et Alphonse (1819-1894) RALLET, qui firent fortune en créant en 1842 à Saint-Pétersbourg une parfumerie qui connut un grand succès auprès de l’aristocratie russe.

- Jules FLANDRIN (1871-1947) : peintre, il fut l’élève de Gustave Moreau chez lequel il rencontra ses futurs amis : Marquet, Matisse, Rouault, Charles Camouin… Il se fit rapidement connaître en exposants au Salon, et devint membre en 1898 de la Société nationale des Beaux-Arts. Proche des impressionnistes, des Nabis et des Fauves, il n’appartint pourtant à aucun groupe de peinture. Il partagea son temps entre Paris, l’Italie et l’étranger, où il exposa également. Son œuvre est diverse (il créa également un atelier de tapisserie…), et on lui doit de grandes toiles d’inspiration religieuse. Il repose auprès de sa seconde épouse, la peintre Henriette DELORAS (1901-1941).

- Raymond GACHÉ (1906-1968) : alpiniste et spéléologue français, il fut l’un des cofondateurs du Spéléo-club de Paris. Il fut en outre président de la Société spéléologique de France. Un gouffre italien porte son nom. Il repose dans le caveau familial où se trouve également Auguste GACHÉ (1838-1925), qui fut maire de Grenoble de 1875 à 1881 et de 1888 à 1896.

- Charles-Antoine-Auguste GAMON de MONTVAL (1781-1834) : écuyer de Joseph Bonaparte, colonel d’état-major, il fut nommé baron héréditaire en 1823. Il apparaît dans La vie de Henry Brulard de Stendhal.

- L’abbé Jean-Baptiste GERIN (1797-1863) : curé de la cathédrale de Grenoble, il se fit connaître par dévouement, son action pastorale et charitable, son aide aux écoles et aux anciens prisonniers. Des démarches pour sa canonisation furent engagées en 1924. Sa tombe est un gisant réalisé par Irvoy faisant encore l’objet d’une dévotion vivace.

- Laurent GUÉTAL (1841-1892) : prêtre, mais également peintre, il appartint à l’école dauphinoise qu’il contribua à créer. Sa tombe est ornée à la fois du calice ecclésiastique et de la palette de peintre.

- Le sculpteur Charles HUET (1858-1930).

- Charles-Aimé IRVOY (1824-1898) : ancien élève de Jules Ramey et d’Auguste Dumont à l’école des Beaux-Arts de Paris, second prix de Rome, c’est en 1855 qu’il arrive à Grenoble où il est nommé directeur de l’Ecole de sculpture de 1856 à 1897. Il travailla à cette époque pour des bâtiments religieux. De 1867 à 1869, il sculpta les bustes de la préfecture de Grenoble et les statues de l’Agriculture et de l’Industrie, à l’ancienne Chambre du commerce et de l’industrie. Un grand nombre de ses œuvres orne les tombes du cimetière Saint-Roch.

- Stéphane JAY (1853-1917) : maire de Grenoble de 1896 à 1904, il fut l’initiateur du premier réseau de tramway. Il donna son nom à un quai de la ville.

- Wilfrid KILIAN (1865-1925) : géologue, membre de l’Académie des sciences de Grenoble, il fut un spécialiste de la stratigraphie des Alpes. Avec lui repose son fils, Conrad KILIAN (1900-1950), qui fut également géologue et explora le Sahara. Il y prouva l’existence du pétrole à des autorités françaises sceptiques, décrivant pourtant avec précision les gisements. Refusant de communiquer ses découvertes aux puissances étrangères, particulièrement au Royaume Uni, il fut « suicidé », sans doute par les services secrets anglais.

- Jean-Paul LACHMANN (1851-1907) : ayant fuit l’Alsace avec sa famille pour opter pour la nationalité française, il devint maître de conférences à la Faculté des Sciences de l’Université de Lyon avant d’être nommé professeur de botanique à la Faculté des Sciences de l’Université de Grenoble en 1892. En 1893, c’est à son initiative que le jardin alpestre de Chamrousse et celui du Lautaret sont créés : il les envisagea comme un laboratoire naturel de haute altitude pour étudier et protéger la flore alpine, pour tester les possibilités d’acclimatation de plantes potagères à destination des populations de montagne, et pour éduquer le public à la richesse de cette flore et à sa conservation. Adjoint au maire de Grenoble, il fut également un homme engagé chargé de l’instruction publique, des beaux-arts et des promenades publiques. Sa tombe est ornée d’un bas-relief en bronze par Basset.

- Le Général Jean-Gabriel MARCHAND (1755-1851) : avocat au parlement de Grenoble, ami de Barnave dont il épousa la cousine germaine, il embrassa la carrière militaire en 1791. Il participa à la conquête de la Savoie en 1792 contre les austro-sardes, puis suivit Bonaparte au siège de Toulon, en 1793. Il participa ensuite à un nombre considérable de campagnes militaires de l’empire, de l’Italie à la Russie en passant par la Prusse et l’Espagne, devenant général de division. Rallié à Louis XVIII en 1815, il fut chargé du commandement de Grenoble et tenta, en vain, d’empêcher les troupes de la ville de rallier Napoléon. Il fut accusé en 1816 de ne pas avoir assez défendu la capitale alpine, mais fut finalement acquitté. Pair de France en 1837, il fut maire de la commune voisine de Saint-Ismier. Il repose sous un magnifique tombeau néoclassique.

- Le docteur Léon MARTIN (1873-1967) : militant socialiste, il fut maire de Grenoble à trois reprises (de 1932 à 1935, de 1945 à 1947 puis de 1949 à 1959). Figure centrale de la SFIO dans l’Isère, successeur et héritier politique de Paul Mistral, il fut député de ce département de 1936 à 1941. Refusant de voter les pleins pouvoirs à Pétain, il entra dans la Résistance où il fut l’un des organisateurs du réseau Franc-Tireur.

- Paul-Louis MERLIN (1882-1973) : après avoir travaillé en qualité d’ingénieur pour différentes entreprises grenobloises, il décida de fonder sa société avec son associé Gaston Gérin. Vers 1937, il réalisa la mise au point des premiers disjoncteurs pneumatiques puis, en 1939 des transformateurs à quartz. L’année 1958 marqua le démarrage de l’électronique nucléaire et deux ans plus tard, des ateliers Merlin-Gérin sortit le disjoncteur pneumatique à pression permanente. A la fin des années soixante, il fonda de nouvelles sociétés … jusqu’en Grande-Bretagne. Cet industriel éclairé favorisa, en précurseur, la formation professionnelle. Merlin-Gerin est aujourd’hui incorporé dans le Groupe Schneider Electric avec sa propre marque.

- Albert MICHALLON (1912-1975) : chirurgien de formation, il fut maire (UNR) de Grenoble de 1959 à 1965 et président du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968. L’hôpital de la ville porte son nom.

- Le général Alfred MICHELER (1861-1931), qui s’illustra durant la Première Guerre mondiale. Il était issu d’une famille de militaires et dans les six tombeaux de famille qui forme un bel enclos reposent deux autres généraux appartenant à cette lignée.

- Jean-Claude Luc MICHOUD (1781-1828) : éphémère député de l’Isère élu en 1827 mais mort peu après. Dans le tombeau de famille repose également l’ingénieur Jacques DE GAULLE (1893-1946), frère de Charles De Gaulle, dont l’épouse était une Michoud.

- Le général Marie-François Joseph de MIRIBEL (1831-1893), qui participa à toutes les opérations militaires françaises de la seconde moitié du XIXe siècle : guerre de Crimée, campagne d’Italie, campagne du Mexique (sous les ordres du général de Laumière), campagne de France. Il participa à la défense de Paris puis à la répression contre la Commune. Le médaillon qui orne sa tombe fut réalisé par Irvoy. Dans ce caveau de famille repose également son père, Artus de MIRIBEL (1785-1853), qui fut maire de Grenoble de 1842 à 1845.

- Paul MISTRAL (1872-1932) : socialiste, il entra à la SFIO à sa création et devint député de l’Isère en 1910 (il le resta jusqu’à sa mort). Au Congrès de Tours de 1920, il fut l’un des leaders de la tendance centriste qui se prononça pour un refus de l’adhésion à la Troisième Internationale. Maire de Grenoble de 1919 à sa mort, son mandat fut marqué par des bouleversements urbanistiques majeurs : le parc qu’il aménagea dans le centre-ville porte désormais son nom.

- Maurice PERRIN (1904-1994) : archevêque de Carthage puis prélat de Tunis de 1953 à 1965, il dut assumer les bouleversements liés à l’indépendance de la Tunisie et le départ massif des populations chrétiennes d’origines européennes.

- Jean-François Calixte de PINA de SAINT-DIDIER (1779-1842) : camarade de Stendhal à l’Ecole Centrale de Grenoble (actuellement lycée Stendhal), il fut maire de Grenoble de 1816 à 1818, puis de 1824 à 1830. Très instruit, il se passionna pour la numismatique. Stendhal, qui le détestait, dit de lui : "M. de Pina, maire de Grenoble de 1825 à 1830, ultra à tout faire et oubliant la probité en faveur de ses neuf ou dix enfants, il a réuni 60 ou 70 000 francs de rente. Fanatique, sombre et, je pense, coquin à tout faire, un vrai jésuite... » (La vie de Henry Brulard). Il fut en outre député de l’Isère de 1827 à 1830.

- Victor PIRAUD (1878-1955) : conservateur du Muséum d’Histoire naturelle de Grenoble, il regroupa les collections de zoologie locale et obtint la direction des collections d’animaux vivants du Jardin des Plantes, qu’il transforma en jardin zoologique ouvert au public, de 1925 à 1932.

- Louis Gabriel PLANELLI de MAUBEC (1744-1832) : entré dans l’armée en 1766 comme enseigne aux Gardes Françaises, il était parvenu en 1786 au grade de maître de camp. Élu en 1789 député suppléant de la noblesse par le bailliage de Sens, il fut admis à siéger à la Constituante en avril 1790. Émigré à Coblence, il rentra en France en 1800 et fut nommé en 1804 administrateur des hôpitaux de Grenoble. Sous la Restauration il fut nommé maréchal de camp. Avec lui repose son fils, Charles Joseph Laurent PLANELLI de LAVALETTE (1763–1854), maire de Grenoble de 1820 à 1823, puis préfet du Gard de 1824 à 1828.

- Félix POULAT (1846-1896) : journaliste républicain, il connut la prison pour avoir traité Napoléon III de « bandit couronné ». Elu maire de Grenoble en 1896, il mourut six mois plus tard d’un accident de calèche. Sa tombe est surmontée d’un buste en bronze.

- Le baron Joachim Jérôme QUIOT (1775-1849) : général d’empire (il était au siège de Toulon, à Rivoli, puis participa à toutes les grandes campagnes napoléoniennes), il fut maintenu sous la Restauration et reçut le commandement du secteur militaire de la Drôme et de l’Isère.

- Les architectes Emile (1871-1943) et Pierre (1910-1982) RABILLOUD, dont la tombe se signale par un bel entourage en fer forgé de style Art Nouveau.

- Diodore RAHOULT (1819-1874) : peintre de genre, paysagiste, lithographe et illustrateur, ancien élève de Léon Cogniet, il exposa dans divers salons et réalisa pour Grenoble plusieurs commandes (chapelle de la Vierge à Saint-André de Grenoble…). Il se rendit célèbre par son illustration de l’œuvre de Blanc-Lagoutte « Grenoblo Malherou », édité en 1864. Sa tombe a perdu le buste qui l’ornait.

- Albert-Pierre RAYMOND (1840-1913) : industriel parti de rien, il fit fortune grâce à deux inventions : le « crochet à hélice », utilisé par les gantiers, et surtout le bouton-pression, qui fut une véritable révolution dans la fixation. Le buste qui orne cette tombe fut réalisé par Eustache Bernard.

- Charles RENAULDON (1757-1824) : avocat, maire de Grenoble de 1800 à 1815, il fut un éphémère député de la Chambre des Cent-Jours en 1815. En 1810, il devint baron d’Empire.

- Edouard REY (1836-1901) Maire de Grenoble de 1881 à 1888, sénateur de l’Isère de 1888 à 1901, il étendit la ville au-delà de ses murailles, en particulier vers le drac. Il modernisa également considérablement Grenoble (mise en place du tout-à-l’égout, début de l’électrification des rues…). Il repose dans le tombeau de son beau-père, le gantier Xavier JOUVIN (1801-1844), qui révolutionna cet artisanat très ancré à Grenoble par la mise au point de « la main de fer », permettant d’établir un système des pointures pour produire plusieurs coupes de gants à la fois.

- L’historien d’art Marcel REYMOND (1849-1914), qui fut correspondant de l’Institut.

- Pierre-Victor SAPPEY (1801-1856) : ancien élève du sculpteur Nicolo Raggi, ce sculpteur œuvra dans la région Rhône-Alpes. Parmi ses œuvres maîtresses, on lui doit la Fontaine des dauphins et celle du Serpent et du lion à Grenoble, et celle des Eléphants (appelée familièrement « Les quatre sans cul ») à Chambéry. Il ne négligea pas l’art funéraire et le cimetière Saint-Roch possède plusieurs de ses œuvres (tombe Recoura, Marchand…). Il fut en outre directeur de l’école des Beaux-Arts de Grenoble.

- Le Compagnon de la Libération Jean SILVY (1910-1971), qui prit part aux opérations de Narvik en Norvège, puis servit en Afrique.

- Hyacinthe Camille TEISSEIRE (1764-1842) : négociant et fabricant de liqueurs à Grenoble au moment de la Révolution, partisan des idées nouvelles, il entra au conseil municipal de cette ville en 1791, et fut envoyé à Paris, en 1793, pour demander au gouvernement le remboursement des fournitures faites par Grenoble à l’hôpital militaire. Il réussit dans sa mission, mais fut arrêté à son retour comme fédéraliste. Relâché peu de jours après, il devint, en juillet 1793, procureur de la commune et, en décembre suivant, agent national. Administrateur de la commune en 1795, il se rallia au 18 brumaire, puis à l’empire, et fut sous-préfet de Tournon de 1809 à 1812. Beau-frère de Casimir Périer, il fut député de l’Isère de 1820 à 1823 en remplacement de l’abbé Grégoire : il prit place à gauche et vota avec le parti libéral. Les grenoblois lui doivent, entre autres bienfaits, l’assèchement des marais entre Poisat et Saint-Martin-d’Hères, dont les terrains et la cité portent aujourd’hui son nom. Cette famille devait avoir pat la suite un grand avenir : c’est le grand-père d’Hyacinthe Camille, Mathieu Teisseire, qui venu de sa Provence avait fondé la maison de liqueurs à Grenoble. Il s’était spécialisé dans le ratafia de cerises, vanté par Casanova lors de son passage à Grenoble en 1760. Ce qui était une petite entreprise devint par la suite un grand groupe que tous les Français connaissent : les célèbres sirops Teisseire ! Dans ce même tombeau repose son gendre Achille CHAPER (1795-1874). Ancien Polytechnicien (il participa à la défense de Paris en 1814), ingénieur des Mines et maître de forges, il fut nommé après la révolution de juillet préfet successivement du Tarn-et-Garonne (1830), du Gard, et de la Côte-d’Or (1831), de la Loire-Inférieure (1840), et acheva sa carrière à Lyon comme préfet du Rhône (1847). Admis à la retraite (1848), il se retira à Poisat, près de Grenoble. Député de la Côte-d’Or, à la Législative (1849), il siégea à la droite monarchiste et ne se rallia pas au coup d’État de 1851 (on l’incarcéra quelques jours au Mont-Valérien). S’y trouve également son fils, Eugène CHAPER (1827-1890) : polytechnicien comme son père, il prit part à la campagne de Crimée et se distingua devant Sébastopol. Pendant la guerre de 1870, il contribua à la défense de Paris. Élu député de l’Isère, le 8 février 1871, alors qu’il était enfermé dans Paris et qu’il ignorait sa candidature, il siégea à l’Assemblée nationale au centre droit. Bibliophile distingué et collectionneur averti, il se retira à Grenoble et, au château d’Eybens, réunit un ensemble considérable d’ouvrages et de manuscrits sur le Dauphiné, ainsi que des autographes, dont la plus grande partie se trouve maintenant à la bibliothèque de Grenoble et aux archives de l’Isère. Il publia également quelques ouvrages. Leur tombé a été récemment nettoyé : il ressemble en tous points à celui de Charles Teisseire et de sa descendance, qui reposent dans ce même cimetière mais dans une autre division.

- Le peintre Louis VAGNAT (1841-1886).

- L’architecte Joseph-Marie VAGNAT, qui repose sous une imposante allégorie de l’architecture par Sappey.


Commentaires

Logo de ROMESTANT   Alain
lundi 16 janvier 2012 à 14h31, par  ROMESTANT Alain

Que savez-vous sur la tombe de JP Didier,

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jeudi 15 septembre 2011 à 14h09, par  Alexandre Blondet

Bonjour,
Je fais des recherches sur la Famille Chatin, dont la tombe est photographiée sur cette page. Serait il possible d’obtenir cette photo dans une résolution permattant la lecture des plaques ?
AB

samedi 15 janvier 2011 à 18h04

Très instructif, on retrouve des noms connus des Grenoblois sans forcément savoir qui se « cache » derrière.

Logo de Monique Bonvallet
jeudi 1er avril 2010 à 08h06, par  Monique Bonvallet

Je découvre avec plaisir la « visite » du cimetière Saint Roch à Grenoble... Merci d’avoir signalé notre association pour laquelle vous avez mis un lien.
Cordialement. Monique Bonvallet, membre du conseil d’administration de « Saint Roch ! Vous avez dit cimetière ? »

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