AURAY (56) : mausolée Cadoudal

Visité en décembre 2009
mercredi 6 janvier 2010
par  Philippe Landru

C’est en face de sa maison natale, dans le hameau de Kerléano, désormais quartier d’Auray, que se trouve le mausolée Cadoudal.

Georges CADOUDAL (1771-1804) fut une figure emblématique de la chouannerie, la décapitation de Louis XVI l’ayant propulsé dans la Contre-révolution. Dès l’apparition de la Chouannerie, il décida immédiatement de s’engager dans l’armée dirigée par le major-général Stofflet, dans laquelle il se fit remarquer tant par sa force physique prodigieuse que par sa culture générale étendue et son intelligence tactique. Il ne tarda pas à être promu chef d’escadron dans l’armée insurgée. Replié en Bretagne, il organisa la résistance royaliste face aux armées républicaines dans le Morbihan. Au printemps 1795, il s’opposa avec force aux conventions de paix signées entre les armées royalistes et républicaines et continua la guerre en dépit de la paix signée à La Mabilais le 23 avril 1795. A partir de 1797, Cadoudal devint maître de la Bretagne occidentale où il réceptionnait des armes venues de la Grande-Bretagne. En 1798, Louis XVIII lui confia officiellement le commandement en Bretagne. Activement recherché par les Bleus, il demeura insaisissable, bénéficiant d’un réseau efficace et de caches introuvables. Il refait apparition le 17 avril 1799 en s’emparant de Sarzeau et il manqua de peu de s’emparer de Vannes en août 1799 mais son action fut stoppée par le coup d’État du 18 brumaire An VIII. Contrairement à de nombreux chefs chouans qui décidèrent de composer avec le nouveau régime, Cadoudal se refusa au compromis et multiplia les actions armées durant l’automne et l’hiver 1799-1800, jusqu’à une nouvelle défaite survenue à la bataille du pont du Loc’h, qui le contraignit, le 14 février 1800, au château de Beauregard, à Saint-Avé (Morbihan), à signer une convention de paix avec le général Brune, prélude à une éventuelle réconciliation avec le régime.

Arrêté à plusieurs reprises, il bénéficia de la clémence de Napoléon qui souhaitait le voir rejoindre ses rangs, mais Cadoudal refusa toutes ses propositions et passa clandestinement en Grande-Bretagne, où se trouvait le comte d’Artois, frère de Louis XVIII, qui lui conféra le titre de Lieutenant général des armées du Roi. En août 1803, il revint en France pour organiser le complot auquel étaient associés le général Pichegru et Moreau, conspiration qui visait à l’enlèvement du Premier consul, mais qui échoua.

Finalement arrêté en mars 1804, ayant refusé toute demande de grâce, il fut guillotiné. Napoléon ne s’opposa pas à ce que les restes du conspirateur, au lieu d’être ensevelis après la mise à mort, soient récupérés à des fins « médicales » par Larrey. Son squelette fut exposé en faculté de médecine durant tout le Premier Empire. La Restauration lui donna des funérailles solennelles, et ses restes furent alors inhumés à Auray, tandis que la monarchie restaurée l’éleva, à titre posthume, à la dignité de maréchal de France, et que l’un de ses neveux, désormais appelé Louis de Cadoudal, fut anobli.

Le mausolée, débuté en 1825 et achevé en 1852, est une rotonde néoclassique. A l’intérieur, la présence de Cadoudal est signalée par un obélisque, qui indique également la présence de Pierre-Mathurin MERCIER dit la Vendée (1774-1801), personnalité militaire, commandant de la légion de Vannes et de l’Armée catholique et royale des Côtes du Nord lors de la Chouannerie et de la Guerre de Vendée, compagnon de Cadoudal, qui fut fusillé.

En face, une plaque porte les noms des membres de la famille Cadoudal inhumés dans ce mausolée, la plupart officiers des armées françaises.

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Maison natale de Cadoudal, transformée en manoir au XIXe siècle, en face du mausolée.

L’histoire tumultueuse du Mausolée de Cadoudal [1]


L’origine du projet

En 1823, l’érection d’un monument à la Chartreuse, à la mémoire des émigrés royalistes débarqués à Quiberon en 1795, « fait naître chez les anciens compagnons d’armes et les habitants du Morbihan l’idée de perpétuer la mémoire du chef chouan Georges Cadoudal et de lui consacrer à lui aussi un mausolée » (peut-on lire dans l’article d’Alain Simonet intitulé « Bicentenaire de l’exécution de Georges Cadoudal : de la guillotine au mausolée de Kerléano », paru en 2004 dans le bulletin annuel de la Société d’histoire et d’archéologie du pays d’Auray). Le conseil municipal donne son accord et décide de participer financièrement à la construction d’un monument « qui sera élevé dans le hameau de Kerléano où est né le chef chouan, sur l’emplacement de la chapelle qui existait autrefois  ».

Un projet semé d’embûches

Deux adjudications ont été nécessaires mais les travaux de construction des terrasses avaient déjà été commencés dès janvier 1825. Ces cinq années ont été jalonnées de péripéties malgré le zèle du comte de Chazelles, préfet du Morbihan, qui contribua beaucoup à l’aboutissement du projet. Par manque de fonds notamment, les travaux ont été à plusieurs reprises suspendus, les souscriptions et subventions étant insuffisantes. « Il exhorta les maires à faire un don et, se référant à l’exemple donné par le roi et plusieurs membres de sa famille, le préfet, à plusieurs reprises, sollicita la bonté de différents ministres. Les anciens chouans ainsi que leur famille furent également instamment invités à verser une partie de leur pension. »

Après l’avènement de Louis-Philippe, les aides publiques ont été supprimées et la question de la démolition du monument fut même un temps posée... «  Le gouvernement actuel doit répudier tous ces monuments qui ne sont propices qu’à perpétuer le souvenir des discordes civiles et à entretenir la haine des partis... »

L’inhumation dans le mausolée

Exécuté sur l’échafaud en place de Grève le 25 juin 1804, Georges Cadoudal aurait été inhumé au cimetière Sainte Catherine et il aurait « reçu la sépulture en présence d’un officier public qui en a donné acte ». En réalité sa dépouille aurait été transportée dans un amphithéâtre, afin de servir à l’instruction d’étudiants en médecine. Neuf ans plus tard, en 1814, c’est cette dernière hypothèse qui est accréditée. La famille s’étant vues restituer les ossements dans des circonstances extraordinaires, ceux-ci seront réinhumés dans le caveau central de la chapelle Saint-Joseph de l’église Saint-Paul Saint-Louis à Paris.

Ils y resteront jusqu’au 30 avril 1830, date à laquelle le cercueil sera exhumé, transféré à Auray et provisoirement déposé dans la sacristie après l’office religieux célébré à Saint Gildas. Combien de temps y restera-t-il ? Peu de temps, car il sera récupéré après les journées de juillet 1830 et caché, par peur de profanation. Son inhumation définitive dans le mausolée érigé à sa mémoire eu lieu en 1853, dans les premiers jours du Second empire.


[1article de ouestfrance.fr du 22 juin 2011


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