CHAPDELAINE Auguste (1814-1856)

lundi 29 juin 2020
par  Philippe Landru

Un article fleuve assez atypique qui a pour but, à partir de l’itinéraire de l’un de mes lointains cousins, Saint-Auguste Chapdelaine, de dresser une présentation des petits cimetières de l’Avranchais.

Cela fait maintenant plus de vingt cinq ans que j’avais rédigé cet article sur Auguste Chapdelaine : je l’avais déposé sur la première version de mon site, qui possédais alors une partie généalogie (les plus anciens s’en rappeleront). Il fut ensuite amplement pillé. Je restaure donc cette fiche, en l’étoffant et en y ajoutant une dimension funéraire plus large concernant les communes de l’Avranchais.

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Pour ceux qui voudraient aller plus loin, et avoir en particulier le détail des branches retrouvées, je suis l’auteur d’une monographie généalogique sur les Chapdelaine dans le monde (2002) (et particulièrement dans la Manche, le Calvados et en Ille-et-Villaine) que l’on peut consulter dans les différents centres d’archives départementales (Caen, Saint-Lô, Rennes et Rouen).


SAINT-AUGUSTE-CHAPDELAINE


Peu de temps après sa mort, des articles et des biographies paraissaient sur Auguste Chapdelaine. Œuvre d’ecclésiastiques, ces différents témoignages sont précieux pour la richesse des informations qu’elles contiennent, mais elles ont le fâcheux défaut d’être des hagiographies où le destin d’Auguste s’explique par l’unique volonté divine. L’article qui suit ne se veut pas anticlérical, mais désire simplement apporter un nouveau regard « laïc » sur ce personnage, dont la postérité est bien plus fascinante que le destin lui-même. Pour rédiger cet article, je me suis aidé de la plaquette que Jean Béasse, prêtre du diocèse de Coutances et Avranches, rédigea à l’occasion de la canonisation d’AugusteChapdelaine.

L’enfance

Auguste Chapdelaine naît le 6 janvier 1814 dans la ferme parentale de « la Métairie », à la Rochelle-Normande. Il est le huitième enfant de Nicolas, un laboureur originaire de Montviron, installé depuis 1802 à la Rochelle avec sa femme Madeleine Dodeman. Auguste resta le benjamin puisque son cadet Alexandre, né en 1817, meurt à l’âge de deux ans.

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Il fréquente l’école du village où il reçoit l’enseignement de base de tous les petits paysans. Ces biographes le décrivent à la fois comme obéissant, travailleur et solitaire. Son assiduité au catéchisme et son goût prononcé pour la religion semble précoce : à quinze ans, il fait part de son désir de devenir prêtre et de partir évangéliser des terres païennes. Cette vocation peut sembler exotique de prime abord : elle l’est beaucoup moins quand on connaît le contexte social et religieux de l’époque. Les Normands du Cotentin, et particulièrement les Chapdelaine, sont profondément catholiques : ils ont beaucoup souffert de l’anticléricalisme de la Révolution, et les témoignages abondent sur l’aide qu’ils offrirent aux prêtres réfractaires durant cette période.

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La Restauration, appuyée par un gouvernement ultraroyaliste au conservatisme catholique poussé, tente de reconstituer un clergé fort ébranlé par la tourmente révolutionnaire : les vocations sont alors nombreuses, et de jeunes prêtres pas toujours bien formés dans des séminaires qui viennent de rouvrir mais à qui l’on demande avant tout un soutien sans faille au régime, affluent dans les campagnes. Dans ces populations, l’anticléricalisme a été vécu comme un traumatisme. Le retour aux préoccupations religieuses du nouveau gouvernement s’accompagne donc d’une explosion de foi mystique qui imprègne particulièrement les campagnes. Il sont nombreux, à partir de cette époque, à vouloir embrasser la carrière cléricale : Auguste Chapdelaine est de ceux-là. A Rome, les pontifes successifs prennent de plus en plus en considération les espaces nouveaux qui s’ouvrent à l’Europe, espace non encore atteint par le christianisme. La Congrégation de la Propagation de la Foi œuvre au développement des missions et à la formation d’un clergé plus adapté aux nouveaux défis du siècle. Les almanachs et les sermonnaires se font les témoins, souvent naïfs, de cette œuvre considérée comme civilisatrice : on y exalte des modèles de missionnaires faisant des merveilles dans des environnements hostiles. Et puis il y a l’imagination, celle d’un adolescent de quinze ans à l’horizon borné de sa commune qui voit sans doute inconsciemment dans ce service particulier un moyen de s’y soustraire.

On peut penser que l’annonce de la vocation d’Auguste ne fut pas mal accueillit : néanmoins, en 1829, les parents d’Auguste viennent de s’installer à « la Gouaiserie », une exploitation plus grande mais qui a besoin de plus de bras. Ses frères étant de santé fragile, Auguste semblant trop vieux pour entrer au séminaire, les conditions ne se prêtent pas à l’assouvissement de sa vocation : il doit rester à la ferme. En 1834, coup sur coup, deux des frères d’Auguste meurt : il n’est plus question pour son père de garder la Gouaiserie : tandis que la famille repart pour la Métairie, il donne son accord pour qu’Auguste entre au Petit séminaire de Mortain. C’est chose faite en octobre 1834 : Auguste a alors vingt ans.

La formation

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Il fallut sans doute du courage - et une véritable vocation - à Auguste pour accepter de se retrouver avec des enfants bien plus jeunes que lui : il dut rattraper son retard scolaire, et ses registres de compositions qui furent conservés attestent des efforts qu’il fit. Après une scolarité médiocre, il parvint à améliorer ses résultats de manière très honorable. Durant cette époque, il perdit son père. En 1816, à vingt-cinq ans, il entra enfin au Grand séminaire de Coutances : là bas, il perfectionna ses connaissances théologiques et commença à se former pour les missions. Il y rencontra d’autres coreligionnaires dont certains devinrent également missionnaire.
Il reçut l’ordination sacerdotale en la cathédrale de Coutances le 10 juin 1843, à vingt-neuf ans. Malgré ses demandes répétées pour partir, la hiérarchie ecclésiastique semble vouloir différer son départ. Il retourne attendre son affectation auprès des siens à la Gouaiserie. Elle arrive le 23 février 1844 : il est nommé vicaire de Boucey.

Il rêvait de grands espaces à évangéliser : c’est pour lui une terrible déception. « Boucey est une petite commune de la manche, limitrophe de l’Ille-et-Vilaine. Qu’il y ait eu besoin d’un vicaire en 1844 surprend quelque peu, mais l’abondance des prêtres à cette époque, après l’appauvrissement dû aux troubles révolutionnaires, permettait alors ce qui semblerait de nos jours un gaspillage. A présent, non seulement il n’y a pas de vicaire ni même de curé résident, mais la commune n’est plus qu’une commune associée à Pontorson ». Auguste y découvrit une paroisse à l’abandon, le prêtre en titre étant devenu impotent. Il semble que, bien que se considérant en exil, il mit du zèle a relever la situation, s’occupant à la fois d’œuvres caritatives, d’éducation des jeunes et de réfection de l’Eglise. Il resta jusqu’en 1851 à Boucey, et y laissa à l’évidence un souvenir ému auprès d’une population relativement pauvres. En janvier 1851 effectivement, il reçut l’autorisation de quitter son diocèse : il fut accepté au Séminaire des Missions étrangères. Après ses adieux à Boucey, il passa une semaine à la Rochelle dans sa famille puis partit pour Paris : il ne devait plus jamais revenir.

La mission

Auguste se retrouve au Séminaire de la rue du Bac. Il suit l’année de probation obligatoire avant son départ, ses supérieurs ayant besoin d’examiner à la fois la solidité de sa vocation mais également sa santé physique, les Missions étrangères n’étant pas de tout repos. Au séminaire, il est fortement impressionné par la salle des reliques de plusieurs martyrs de la Congrégation, sans savoir que les siennes s’y ajouteront par la suite. Le 20 mars 1852, il apprend son affectation : la Chine. Il a alors trente-huit ans. Auguste écrit dans une lettre adressée au maire de Boucey : « La mission où je suis envoyé se compose du Kouang-Tong, du Kouang-Si et de l’île de Haïnan. Cette mission a été confiée à notre Congrégation il y a quatre ans ; elle ne compte encore que dix missionnaires pour une population de quarante à cinquante millions âmes : les chrétiens n’y sont pas nombreux...Dans ce pays comme dans tout le reste de la Chine, la religion est proscrite et la persécution est plus ou moins violente selon que le gouverneur et le mandarin de chaque province sont plus ou moins ennemis des chrétiens. ». Cette lettre atteste qu’Auguste était tout à fait conscient de la situation qui l’attendait : on ne saurait mieux résumer l’attitude de la Chine vis-à-vis du christianisme, qui était considéré là-bas, non sans raison, comme un outil de précolonialisme de la part des gouvernements européens. « Depuis longtemps, la dynastie Mandchoue, tombée en décrépitude, était mal supportée par les populations chinoises. Contraintes par la force, elle avait du traiter avec les Européens et ouvrir un certain nombre de ports au commerce étranger, ce qui n’avait pas augmenté son prestige...La cour de Pékin essaya d’organiser la résistance. Elle enjoignit notamment aux mandarins de surveiller activement les étrangers et de sévir impitoyablement contre tous les fauteurs de nouveautés. Outre les rebelles, la mesure atteignait les prêtres catholiques confondus à tort avec les révolutionnaires et qui furent gênés dans leur ministère, traqués dans leur retraites, souvent livrés au dernier supplice »

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Départ de missionnaires pour la Chine - avril 1852
Auguste Chapdelaine au milieu du groupe

Le 29 avril 1852, ils sont six prêtres à participer à une cérémonie de départ qu’on imagine émouvante. Le 05 mai, ils embarquent à Anvers pour la Chine. Auguste, le plus âgé, est le directeur du groupe et le gestionnaire des finances communes, qu’il dépense avec beaucoup de parcimonie ! Le voyage à bord du navire de commerce hollandais « Henri-Joseph » est long et fort éprouvant : il passe le temps en essayant d’apprendre le chinois. Au bout de huit mois, ils arrivent le 5 septembre à Singapour, après avoir passé le Cap de Bonne-Espérance. Le 15 octobre, c’est à bord d’un navire portugais qu’ils embarquent pour la Chine où ils accostent le soir de Noël, sur la presqu’île de Macao. Après la traversée du large estuaire de la rivière de Canton, ils débarquent enfin dans l’enclave de Hongkong, anglaise depuis 1842. Ils sont accueillis à la Procure des Missions étrangères, avant-poste chrétien en Chine dans laquelle les missionnaires trouvent de l’aide pour leur futur mission, mais également une position de repli en cas de conflit. Auguste et ses compagnons y demeurent dix mois et demi, en profitant pour consolider leur connaissance du chinois.

Le 12 octobre 1853, il part enfin avec quelques chrétiens dans le but d’atteindre le Guangxi : il leur faut en réalité contourner la province pour éviter les pillards, traverser fleuves et montagnes à bord de sampans, de palanquins ou tout simplement à pied. Le voyage décrit est éprouvant, et couronné de peu de succès : s’ils ne rencontrent pas les petites communautés chrétiennes attendues, ils croisant bien le chemin de pillards qui les rançonnent. En février 1854, ils atteignent Kouy-Yang où ils se reposent dans une mission, accueillis

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par trois confrères. En attendant de pouvoir pénétrer au Guangxi, il est chargé pastoralement de trois villages. Auguste a désormais quarante ans. Comme il le dit lui-même, et par désir, il s’est « chinoiser » : il porte la moustache, la tresse et la mouche au milieu du menton, s’habille comme un Chinois et se fait appeler le père Mâ. Son désir de se fondre parmi les populations est profond et louable. Il fait la connaissance de deux convertis du Guangxi qui maintiennent la foi catholique dans leur province : Jérome et Agnès Tsao-Kouy. Grâce à eux, il pénètre enfin dans « sa » province et y célèbre sa première messe le 8 décembre 1854. Dès le 17 pourtant, il est arrête par le mandarin de Si-Lin qui le traite convenablement, mais le maintien en captivité durant cinq mois. Auguste et ses compagnons sont relâchés plus ou moins clandestinement en avril 1855 : le premier apostolat du bienheureux n’avait duré que neuf jours !

Le martyr et la postérité d’Auguste Chapdelaine

En décembre 1855, Auguste repart pour le Guangxi : un nouveau mandarin, beaucoup moins « affable » que le précédent, a été entre-temps nommé sur Sy-Lin où Auguste pénètre clandestinement. Il réside dans des familles chrétiennes qui le cachent et lui conseillent de fuir. Il n’en a pas le temps et est arrêté dans la nuit du 25 au 26 février, sous le coup d’une dénonciation semble-t-il. Amené au prétoire avec d’autres chrétiens, il est accusé d’entraîner le peuple à la révolte. Sa mauvaise connaissance du chinois le dessert évidemment. Il réfute néanmoins l’accusation, tout comme il nie être l’amant d’Agnès Tsao-Kouy, arrêtée elle aussi. Les supplices succèdent aux réquisitoires : coups de planchettes sur les joues, croix de torture dans le dos... la liste est longue.

Finalement, Auguste et Agnès sont conduits à la « cage », dans laquelle les suppliciés sont enfermés, ne laissant dépasser que la tête, les bras et les pieds, le tout suspendu en l’air. Malgré sa robuste constitution, Auguste meurt dans la nuit du 27 au 28 février 1856 après une terrible agonie. Sa tête est coupée et ses restes jetés aux chiens. Un fidèle coupa clandestinement sa natte et la remit plus tard à la Procure de Hong-Kong : elle est aujourd’hui exposée, avec d’autres reliques (ses chaussons, sa longue-vue...) dans la salle des martyrs des Missions étrangères de la rue du Bac à Paris, cette même salle qui impressionnait tant Auguste lorsqu’il était encore au séminaire.

Agnès mourut peu de temps après Auguste du même supplice. Jérome, quant à lui, fut arrêté et décapité en 1858 pour avoir refuser d’abjurer le catholicisme. La petite communauté chrétienne d’Auguste se dissocia alors très vite. Les conséquences internationales de sa mort furent en revanche considérables : le traité commercial de 1844 régissant les relations commerciales entre la France et l’Angleterre d’une part, la Chine de l’autre, prévoyait effectivement qu’aucune atteinte physique ne pouvait être commise contre un Européen en Chine. La mort de Chapdelaine fut le prétexte que les deux nations attendaient pour accroître leurs monopoles : le 23 octobre 1856, les Anglais, puis les Français, firent bombarder Canton. La ville fut ensuite assaillie par les troupes coalisées. A Tien-Tsin, en mai 1858, une convention de paix fut signée : elle prévoyait « la liberté de prédication du catholicisme en Chine ainsi que l’abrogation des lois chinoises rendues contre les chrétiens ». Lorsqu’en 1859, les représentants européens se rendirent en Chine pour la ratification du traité, ils furent reçus à coup de canon : un corps expéditionnaire franco-anglais envahit dès lors la Chine et une nouvelle convention de paix fut signée, plus avantageuse encore pour les Européens. On ne peut accuser Auguste Chapdelaine de l’avoir voulu, mais il est évident que sa mort fut le prétexte à une avancée considérable du colonialisme en Chine.

Quel bilan peut-on dresser de ce parcours ? Assurément, la vie d’Auguste Chapdelaine ne fut pas inutile pour les catholiques et les autorités religieuses : quelques années après sa mort, les témoignages de sa vie et de son martyr affluèrent pour servir la cause d’une béatification, ce qui fut fait par le pape Léon XIII en 1900. Auguste Chapdelaine, puis le Père Chapdelaine, devint donc le bienheureux Chapdelaine. Les nombreuses tractations en vue de sa canonisation aboutirent, le 1er octobre 2000, et Jean-Paul II en fit un saint [1]. Toutes les biographies ou les articles rédigés sur lui le furent par des ecclésiastiques ou des catholiques qui insistèrent sur les vertus du personnages, transformant le récit de sa vie en hagiographie. Quel regard nouveau l’historien peut-il en revanche avoir sur ce destin ?

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Petite anecdote drôlatique familiale !
En 1880, ma famille reçut des Missions Etrangères un certain nombre de documents sur Auguste Chapdelaine, dont un « certificat » en latin, scellé d’un sceau, contenant deux petits morceaux de tissus issus de la veste d’Auguste (gauche) et de celle d’Agnès (droite). Ce document fut conservé et passa de générations en générations jusqu’à l’oncle de ma grand-mère, un communiste bouffeur de curés peu sensible à la sainte parentèle ! Un jour quelle était chez sa tante, ma grand-mère vit qu’elle était en train d’éplucher des légumes sur un papier paraissant ancien : c’était ce certificat, qu’elle reprit heureusement des mains de cette peu cléricale ménagère ! Je possède désormais à mon tour ce document, avec en prime quelques traces d’épluchures datant des années 40 !!!

Indubitablement, Auguste Chapdelaine avait de grandes qualités humaines : sa bienveillance, sa patience, son courage et son honnêteté ne peuvent être mises en doute. Ce qui apparaît constant dans cette vie est l’attente prolongée : celle de pouvoir suivre sa vocation, d’entrer au Petit Séminaire, aux Missions Etrangères, celle de partir pour la Chine... Une fois là bas, une attente encore longue l’attendit avant de pouvoir rejoindre sa province. L’attente de toute une vie pour quelques mois à peine d’apostolat, achevé tragiquement. Quoi qu’en disent les autorités catholiques, la tentative d’Auguste Chapdelaine fut vaine : locale, son œuvre - trop courte - d’évangélisation ne survécut pas à sa mort et à celle de ses compagnons. Elle offrit par contre au monde catholique un nouveau témoignage de renoncement et de foi vive.

Auguste Chapdelaine fut en tout point, et même après sa mort, un instrument de son milieu, de sa religion, de son époque, de son pays... Jeune, il était destiné, en dépit de sa vocation, aux travaux agricoles et peut-être ne serait-il jamais devenu clerc si la mort de ses frères n’avaient pas tout bouleversé. Produit de son époque, il le fut tant par son zèle missionnaire que par la destination exotique dont il rêvait. Instrument, il fut à la fois celui de l’Eglise (avec d’autres, il enrichit la page du martyrologe du catholicisme au nom de la propagation plus qu’aléatoire de cette religion en Extrême-Orient), de la Chine (les autorités se servirent de sa religion pour attaquer les valeurs colonialistes de l’Europe), de son pays enfin, qui prétextant de son assassinat, attaqua la Chine. Il n’était pas le premier à mourir pour sa foi en Chine, mais sa mort était « providentielle » dans le contexte commercial agressif des relations entre l’Europe et la dynastie Mandchoue.

Cette « instrumentalisation » de la vie d’Auguste Chapdelaine est sans aucun doute l’un des aspects les plus passionnants du personnage : bien des années plus tard, lors de sa canonisation en 2000, elle fut encore la raison du conflit opposant les autorités chinoises au Vatican.

Le révisionnisme chinois se poursuit de nos jours : ainsi, en 2016, pour développer le tourisme dans cette région peu visitée, la dernière touche fut mise, dans le village de Dingan où le Père Chapdelaine avait trouvé la mort, à un musée qui le présente comme un violeur et un espion, qui et célèbre l’« esprit patriotique » du magistrat qui l’a fait torturer et exécuter. On peut y voir des calices et soutanes ayant appartenu à Auguste Chapdelaine, ainsi qu’une reconstitution grandeur nature d’un « Chapdelaine » agenouillé devant le magistrat Zhang Mingfeng, et un bas-relief en bronze long de six mètres représentant le supplicié dans une cage de fer. Les autorités de Dingan ont également organisé l’an dernier un concours du meilleur poème célébrant la décapitation du missionnaire. Doté de 135 euros, le prix voulait « stimuler l’esprit patriotique » et louer « la volonté de fer du héros Zhang Mingfeng ». Enfin, le district a commandé un documentaire de deux heures à charge contre le prêtre, facturé l’équivalent de 405 000 euros.


UN PEU DE GÉNÉALOGIE...


Selon les dictionnaires d’onomastique, Chapdelaine (et ses orthographes multiples) tire son nom de la « chappe de laine », c’est à dire un manteau à capuchon en laine. L’orthographe du nom est extrêmement variable. « Chapdelaine » est la forme la plus commune, et c’est elle que l’on trouve quasi exclusivement dans la Manche. Dans le Calvados, on rencontre assez souvent le patronyme sous la forme « Chapdeleine ». Dans les quelques branches trouvées en Seine-Maritime, c’est « Chappedeleine » ou « Chappedelaine » qui dominent : il semble bien y avoir une déformation progressive du patronyme. Dans les Côtes-d’Armor, la branche noble s’écrit « de Chappedelaine » la plupart du temps.

Il est impossible de savoir précisément d’où vient cette famille. Chercher une origine unique serait une erreur, et il serait utopique de tenter de faire descendre tous les Chapdelaine d’un ancêtre commun. Une seule certitude : les Chapdelaine sont bien des Normands et leur implantation dans la région date de l’arrivée des Vikings eux-mêmes. On parle de Chapdelaine dans l’entourage de Guillaume le Conquérant qui reçoivent des terres en Angleterre après la conquête de 1066 : s’appelant à l’époque Capdelaine, ils deviennent par la suite les Woolcap anglais. En France, l’implantation de ces « Northmen » qui fusionnent progressivement avec la population gallo-romaine locale, semble se faire principalement dans le Cotentin, autour de ce village de Plomb que nous désignerons, faute de documentation plus ancienne, comme le berceau le plus ancien des Chapdelaine de la Manche. En 1256, à l’occasion d’une visite de Louis IX de France, on site cette donation par un Capdelaine d’un terrain au diocèse d’Avranches : sur ce terrain, ce dit Capdelaine fait édifier une maison et des dépendances qui restèrent à la fois propriété de la famille et du chanoine de Plomb, trésorier de la cathédrale d’Avranches, jusqu‘à la Révolution française [2].
Des Chapdelaine s’installent également dans le Calvados : au XVe siècle, l’un d’eux s’étant distingué au service du roi est reconnu noble : originaire de Clinchamps, il donne naissance à ces « De Chappedelaine » que l’on voit plus tard s’installer en Mayenne, tandis qu’une autre branche noble originaire de Bretagne bien que sans doute issue d’un Normand, s’implante dans les Côtes-d’Armor.

Les registres paroissiaux ne nous permettent, dans le meilleur des cas, de faire la connaissance de cette famille qu’à l’orée du XVIIe siècle : on est alors très loin de l’installation initiale des différentes branches.

Trois permanences peuvent être mises en valeur :
-  malgré la proximité de la mer, les Chapdelaine ne sont pas des marins : à l’exception d’une branche installée à Cancale et Saint-Malo, un capitaine de la marine marchande et deux officiers dans les branches nobles, ces Normands et ces Bretons sont attachés à la Terre et n’envoient pas leurs enfants sur les mers.
-  L’attachement profond des Chapdelaine, toutes branches confondues, à la religion catholique. Le terroir s’y prête particulièrement, mais on remarque à de nombreuses reprises un lien privilégié avec la religion romaine : de nombreux ecclésiastiques, dont plusieurs choisissent des œuvres missionnaires, une résistance très nette à la laïcisation de la Révolution française (tandis que les Chapdelaine de Plomb cachent les prêtres, certains membres des branches nobles entrent dans la chouannerie et vont même jusqu’à participer à des complots ultraroyalistes). Les Chapdelaine du Québec ne dérogent pas à cette tendance, comme nous le verrons dans le chapitre qui leur est consacré. Une famille qui peut donc, pour beaucoup de ses membres, se retrouver dans le patronage de Saint-Auguste Chapdelaine.
-  Dernier point, sous-jacent dans les actes et confirmé parfois par d’autres sources : la rudesse de la vie pour une population qui, dans sa grande majorité, était pauvre. L’agriculture, l’élevage ou l’artisanat de ces régions rapportaient moyennement, et l’on assiste pas – ou peu – à la promotion sociale plus fréquente dans d’autres régions (Ile-de-France…). Si, comme beaucoup de Français, les Chapdelaine se tournèrent vers la ville (et en particulier Paris) à la fin du XIX°, ce fut, pour beaucoup d’entre eux, pour être employé à des tâches modestes (domestiques, manœuvres…). Il faut attendre le XX° siècle pour assister à une réelle ascension sociale.

Les Chapdelaine de Plomb

Le mariage en 1662 de Jean, dit Chanourie, et de Françoise Brochet, inaugure la plus grande descendance Chapdelaine de la Manche. Il serait néanmoins vain de vouloir faire descendre tous les Chapdelaine de ce couple : contrairement à une erreur fréquente, la branche d’André, ce colon qui partit en Nouvelle France et fut à l’origine d’une très grande descendance dans ce pays, n’en descend pas (voir plus bas).

On trouve dans le Calvados ou en Ille-et-Vilaine, grâce à des registres plus anciens, des actes de Chapdelaine du début du XVII° siècle , chose impossible pour Plomb, les registres ne remontant pas aussi loin. Il n’empêche que ce couple est fondamental dans la mesure où sa descendance fit souche, puis se dispersa sur le département. Le relevé systématique des communes de la Manche prouve que bon nombre de communes ne possèdent dans leur registre des Chapdelaine que parce que des descendants de ce couple s’y installèrent (la Rochelle Normande, Val St Père, Vains, St Pience, Saint-Pair…).

Cette branche a la particularité d’être celle de Saint Auguste Chapdelaine. C’est pour cette raison que les Chapdelaine du Canada essayent, en vain, de s’y rattacher : il serait séduisant pour eux de rattacher le Saint et le colon. Ce lien, même si on le trouve parfois établi dans certaines revues savantes du début du siècle, n’existe pas dans les actes.

Originaires de Plomb, la branche aînée des Chapdelaine émigrent dès 1730 à Montviron où ils constituent une première ramification importante. Certains y restent mais d’autres essaiment sur le département : cette branche fut à l’origine de Chapdelaine à Sartilly, Bouillon, St-Sauveur la Pommeraye, Beauchamps, Equilly et Mesnil Villeman. Une branche importante s’installe à la Rochelle-Normande (la branche du saint en particulier), une autre, à une époque plus contemporaine, quitte la Manche pour l’Ille-et-Vilaine où elle s’installe à Bazouges-la-Pérouse. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que l’on voit les différentes dynasties attirées par les plus grands centres urbains ; Cherbourg ou Paris. Saint-Lo, en revanche, ne constitua pas une terre d’élections aux familles Chapdelaine de la Manche.

Les professions sont classiques : une grosse part attribuée à l’agriculture (des journaliers, quelques laboureurs) et à l’artisanat (cordonnier, charpentier, boulanger, tisserand…). Comme nous l’avons déjà dit, la mer bien que proche ne les attire pas et l’on ne compte que deux marins dans cette descendance. La petite noblesse n’est représentée que par ce Julien, déclaré dans la seconde moitié du XVIIe siècle « Sr des Duetils et de Chanoury », dont il ne faudrait pas exagérer l’importance.
La figure centrale de la lignée demeure évidemment Saint-Auguste-Chapdelaine (1814-1856) auquel nous consacrons une partie entière de cette ouvrage. Son parcours fit naître des vocations puisque à sa suite, on relève un certain nombre de Chapdelaine entré dans les Ordres.
Figures secondaires, mais intéressantes néanmoins, on remarquera la présence d’un capitaine de la marine marchande qui disparaît en mer avec son bateau en 1874 au large du Cap Haïtien, et celle de son fils, professeur émigré en Martinique, qui meurt à St-Pierre dans la terrible irruption volcanique de 1902.

Les Chapdelaine du Canada

A l’origine de la branche canadienne, une des nombreuses branches de Plomb issue de son plus ancien couple connu, Julien Chapdelaine qui épouse en 1663 Jeanne Lemasson. La proximité de cette branche avec la mienne (et celle du saint) est évidente : non seulement les témoins sont souvent les mêmes, mais on retrouve régulièrement le surnom de « Duetils », du nom d’une masure qui se trouvait sur la route de Caen à Avranches, et qui appartenait aux Chapdelaine. C’est ainsi qu’est désigné André « le Canadien ». Julien et Jeanne Lemasson, après avoir habité à Plomb la petite ferme isolée appelée « Chapdelainière » , vinrent s’établir au proche petit hameau de « La Rivière », d’où le surnom donné à André et ses descendants.
Ce détail est extrêmement important, car les descendants d’André, au Canada ou aux Etats-Unis, s’appellent aujourd’hui « Chapdelaine-Larivière », voire plus simplement « Larivière ». Il est très rare, contrairement à leurs cousins français, qu’ils portent pour patronyme le seul « Chapdelaine ». Cela rend l’étude de la descendance compliquée dans la mesure où il faut faire l’étude de ces deux patronymes, sachant que tous les Larivière du Canada ne sont pas des Chapdelaine (il en existe au moins deux autres familles arrivées au XVIIe siècle, une originaire de l’Aunis et l’autre du Maine).

La généalogie est une vieille passion pour les Franco-canadiens, et ces derniers sont nombreux à avoir remonter leur généalogie afin de savoir de quelle région de France ils étaient originaires. Globalement, la connaissance qu’ont les Chapdelaine du Nouveau Monde de leur arbre est très largement supérieure à celle de leurs cousins Français, et beaucoup connaissent l’existence de « Saint Auguste Chapdelaine ». Une erreur fréquente que l’on trouve néanmoins dans leurs recherches (et dont les sites internet se font l’écho) est de donner pour parents à Julien (x Lemasson) le couple formé par Jean et Françoise Brochet (que les Canadiens appellent « broche », reproduisant inlassablement cette erreur), permettant ainsi le pont les reliant à Auguste. Une rapide consultation des registres (et de l’arbre ci-dessus) suffit à rendre compte de cette impossibilité : Jean ayant épousé Françoise Brochet en 1662, on voit mal comment ils pourraient être les parents de Julien…qui épouse Jeanne Lemasson l’année suivante. Rappelons-le une dernière fois : si les liens de famille sont évidents, ils ne sont pas démontrables par les actes. De la rigueur, que diable !

Revenons à André. Au moment où celui-ci voit le jour, la présence française en Amérique est très récente : l’exploration du littoral atlantique par Champlain date de 1605, la fondation de la ville de Québec de 1608… Tout y est donc à faire, les premières communautés faisant face dans cette partie du monde à l’offensive des Anglais, mais également à la cohabitation avec les autochtones.

En 1686, cédant sans doute à l’attrait d’une vie meilleure, André, âgé de 20 ans, s’enrôle pour trois ans dans la Marine royale sous le commandement du Sieur de St Ours en vue de défendre la colonie contre les Iroquois. On sait alors qu’il est charpentier, et qu’il sait lire et écrire. Il quitte définitivement la France en avril 1687 et débarque à Québec le 29 mai de la même année. Il épouse en 1691 sa première femme, Marie-Anne Chevrefils, fille de soldat, avec laquelle il a 15 enfants. Il reçoit en 1708 une terre du Sieur de St-Ours où il s’installe avec sa famille. Il est déclaré marguillier en 1713. Il est devenu entre-temps capitaine de milice et défend le fort de Ville-Marie, aujourd’hui Québec. Son épouse étant décédée, il se remarie en 1720 avec Marie-Anne Joly : il aura d’elle quatre nouveaux enfants. En 1736, il reçoit une terre en échange de la concession de St Ours : la famille est désormais nombreuse dans la région. En 1731, il convole une troisième fois en noce avec une veuve, Marie Chatel, qui ne lui donnera pas d’enfant. Il meurt et est inhumé en 1740 à St-Ours

Seize de ses dix-neuf enfants lui donneront une descendance considérable, car la natalité des Chapdelaine du Canada fut bien supérieure à celle des Chapdelaine français. La famille devait être sans doute très catholique (les racines religieuses étant d’autant plus forte qu’elles représentaient l’attache au berceau européen, et qu’elles se trouvaient face au protestantisme anglais). Faire des enfants était une nécessité pour survivre culturellement face à l’impérialisme déjà très présent des Anglais.

L’observation de cette descendance est fascinante par ses permanences :
-  permanence démographique : la fécondité reste constante : il est vrai que la mortalité infantile y était forte. Cette fécondité se maintint jusqu’au XXe siècle : il faut attendre les années 30 pour assister à une réduction substantielle du nombre d’enfants dans les foyers (cette réduction a été plus précoce en Europe).
-  Permanence géographique : jusqu’au XXe siècle, l’essentiel des Chapdelaine restent dans cette région au sud du lac de St-Laurent, près du « berceau » de St-Ours : Yamaska, St-François-du-Lac, St-Barnabé-sud…Les Chapdelaine y sont d’ailleurs toujours nombreux. A partir de la fin du XIXe siècle, et surtout au début du XXe, on assiste néanmoins à une migration vers les centres urbains d’une population restée longtemps rurale : progressivement, les Chapdelaine se déplacent vers le sud du Québec (Drummondville, Sherbrooke, Coaticook…) pour tout naturellement atteindre les Etats-Unis. Là bas, ils se rassemblent dans quelques villes dont la plus importantes est Manchester : ils y vivent dans des conditions sommaires de l’industrie du coton qui est devenue le fer de lance de cette ville manufacturière. Ce n’est qu’à une époque très récente que des migrations plus larges eurent lieu, et des Chapdelaine (ou des Larivière) peuplent aujourd’hui plusieurs états américains.
-  Permanence des alliances : de 1700 à 1900, les Chapdelaine vont chercher leur conjoint(es) dans des familles francophones issues du même type d’immigration. Peu à peu se tissent des alliances sans cesse renouvelées avec des dynasties dont les noms reviennent très souvent : les Phaneuf, Graveline, Duffault, Lamoureux, Saint-Jean… Ces familles, tout aussi connues au Québec que le sont les Chapdelaine, forment ainsi un écheveau généalogique indénouable. C’est ainsi que je cousine de manière extrêmement lointaine avec Céline Dion, Michel Courtemanche ou Justin Trudeau ! A l’aune de la généalogie Chapdelaine, on mesure ce que fut l’histoire du pays. A partir du XXe siècle néanmoins, les Chapdelaine migrant davantage nouent des alliances avec de nouveaux patronymes. Constatation significative : l’apparition d’alliances avec des conjoints anglophones (improbable auparavant). Les Chapdelaine des Etats-Unis s’acculturent, perdant leur spécificité francophone : certains Larivière deviennent River…On est alors loin de André le colon, et l’on songe à la difficulté de mener une telle recherche de descendance dans les siècles à venir.
-  Spécificité des prénoms : les prénoms des Chapdelaine du Québec diffèrent peu de ceux de leurs cousins français, du moins jusqu’au XIXe siècle : François, Jean-Baptiste, Joseph, Pierre et André arrivent en tête chez les hommes, Marie et ses dérivées, Rose et Geneviève chez les femmes. Un certain nombre de prénoms obtiennent néanmoins une faveur particulière dans ces contrées : ainsi, le grand nombre de Rose-de-Lima (qui donna plus tard le prénom Delima) s’explique par le fait que Ste Rose-de-Lima fut la première canonisée du Nouveau-Monde dont elle devint la patronne. Marie-Josephte semble être une forme locale plus utilisée que « notre » Marie-Josèphe, tandis qu’un plus grand nombre de Malvina, d’Hermine ou de Georginana y voit le jour qu’en Europe. Le Québec, tout comme la France à la même époque, connut une explosion de prénoms à partir de la seconde moitié du XIXe siècle : si l’on observe aucun Napoléon en hommage au premier du nom, le Second Empire français marquent durablement les Québécois qui donnent ce prénom jusqu’au XXe siècle à leurs enfants. Au gré des descendances, certains prénoms amusent aujourd’hui : Olida, Elmeria, Emethilde, Leosite, Clerinda-Clorinda, Desanges, Corona ou Léocadie pour les femmes, Ovida, Lodias, Fédénie, Albondius, Adjutor, Herménégilde ou Alidor pour les hommes…Reste à préciser que dans cette abondante descendance, on ne compte que cinq Maria : le prénom n’était donc pas si en vogue que cela au Québec ! !

Et Maria Chapdelaine dans tout cela ?

On ne pourrait évidemment pas clore cette présentation des Chapdelaine du Canada sans aborder la plus fameuse d’entre-toutes, cette « Maria Chapdelaine » immortalisée par Louis Hémon en 1913. Ce dernier séjourna plusieurs mois dans la région de Sorel où vivaient tant de descendants d’André : quant il voulu donner un nom à son héroïne fictive, le nom de Chapdelaine s’imposa tout naturellement à lui. Par sa plume, le nom de Chapdelaine est connu maintenant dans le monde entier !


L’ÉVOCATION D’AUGUSTE CHAPDELAINE EN PAYS AVRANCHAIS


Revenons à Auguste. Loin des remous de sa vie, son souvenir est encore vif dans l’Avranchais : de nombreux vitraux des églises locales le représentent dans sa dernière messe ou dans son martyr. Une association, chargée de perpétuer son souvenir, s’est même créée. Sa popularité fut telle qu’il donna son nom à une paroisse, division ecclésiastique du doyenné du pays de Granville-Villedieu, regroupant 12 communes (Angey, Bacilly, Champcey, Champeaux, Dragey-Ronthon, Genêts, Lolif, La Rochelle Normande, Montviron, Saint-Jean-le-Thomas, Saint-Pierre-Langers et Sartilly, chef-lieu paroissial).

Plomb

Si Plomb fut un berceau ancien de la famille, son cimetière, qui entoure l’église, ne possède pas de tombe Chapdelaine. Il est vrai que ce nom a disparu du village depuis pas mal de temps. Dans le cimetière, une croix date du XVIIe siècle. Je n’ai pas pu pénétrer dans l’église, mais il ne semble y avoir aucun souvenir visible des Chapdelaine à l’intérieur.

Montviron
C’est dans cette église, érigée au XIIIe siècle et typique du sud de la Manche, que se marièrent les parents d’Auguste. On y trouve un vitrail représentant Auguste Chapdelaine prêchant en Chine : l’église étant malheureusement fermée, je n’ai pu le prendre en photo que de l’extérieur.

Le cimetière entoure l’église. Dans sa partie sud, on remarque le tombeau de Louis Lebrec (1800-1868), ancien supérieur du séminaire de Coutances et vicaire général du diocèse : sur un sarcophage de granit repose son gisant en bronze, réalisé par le sculpteur Auguste Daligand et provenant de la fonderie Havard de Villedieu.

On y trouve également la tombe de Laurent Pican (1973-2007), chasseur alpin tué en Afghanistan dans l’explosion d’une voiture piégée à Kaboul.

La Rochelle Normande

La maison natale d’Auguste Chapdelaine a été détruite le 2 août 1944 par l’explosion d’un camion allemand auquel des Américains avaient mis le feu. Une stèle en marque l’emplacement depuis 1956, année du centenaire de sa mort. Elle se trouve au hameau de la Métairie.

Le petit cimetière entoure l’église Sainte-Marie, qui date du XIe siècle dans ses parties les plus anciennes, et où fut baptisé le saint. On y trouve quatre tombes Chapdelaine, ce qui s’explique par le fait qu’une partie de la famille vit toujours dans le village.

A l’intérieur de l’église, un autel est dédié à Auguste Chapdelaine. Une statue (qui n’est pas très fidèle aux portraits que l’on possèdent de lui) est entourée d’ex-voto.

Mortain
Le petit séminaire de Mortain où Auguste étudia se trouvait, entre 1820 et 1906, dans l’abbaye Blanche, fondée au XIIe siècle. Elle ne cessa au XXe siècle de changer de propriétaire et servit à de multiples usages (centre de colonies de vacances, hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale…). Elle vient de trouver une nouvelle propriétaire qui désire en faire « une vitrine du savoir-faire français ».

Le site est entièrement privé. L’accès libre au cloître et au jardin est gratuit et autorisé toute l’année. L’église abbatiale étant fermée au public, j’ignore s’il demeure une quelconque trace du passage d’Auguste en tant qu’élève.

Le cloître roman de l’abbaye n’a conservé que onze colonnes du XIIe siècle.

Boucey
De 1844 à 1851, Auguste Chapdelaine fut vicaire de Boucey. C’est dans cette église que l’on trouve le plus grand nombre de traces de son périple normand. Elle fut reconstruite en 1865, à une époque où le souvenir du martyr était encore fort. Elle est aujourd’hui dédiée à Saint-Pierre et Saint-Auguste-Chapdelaine. Elle a la particularité d’avoir un chœur tourné vers l’Ouest.

Une chapelle de l’église lui est entièrement dédiée.

On y trouve :
- un beau vitrail daté de 1868 sur lequel figurent, de haut en bas, son procès, son supplice, et sa dernière messe à Boucey.
- un autel sur lequel figure sa statue, entourée d’ex-voto.
- La stalle qu’il utilisa lorsqu’il était vicaire.

Dragey-Ronthon

La chapelle de Ronthon possède un vitrail central représentant le saint.

Champcey
Rien de particulier à noter dans ce cimetière.

Cathédrale de Coutances

La cathédrale de Coutances possèdent une alcôve-reliquaire dans laquelle figurent, aux milieu de bien d’autres restes, des ossements d’Auguste Chapdelaine.

Un vitrail de facture moderne lui est également consacré dans la chapelle Saint-Jean.


Si vous trouvez la moindre évocation d’Auguste Chapdelaine dans un cimetière ou dans une église, merci de me prévenir.


[1On le célèbre le 29 février.

[2Cette terre (et ses habitations) est connue sous le nom de la Trésorerie à Plomb, nom qu’elle porte toujours. Ce n’est qu’en 1944 lors de l’avancée américaine que la maison édifiée au XIIIe siècle fut détruite. Dans ce même village de Plomb se trouve la terre de la Chapdelainerie.


Commentaires

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CHAPDELAINE Auguste (1814-1856)
samedi 8 février 2020 à 11h46 - par  de Veron de la Combe Bastien

Bonjour,

Merci beaucoup pour le site riche d’informations sur St Auguste Chapdelaine.
Ancien volontaire MEP au Vietnam où j’ai rencontré ma femme, notre petit garçon né le 28 janvier 2020 s’appelle Auguste et nous avons choisi St Auguste Chapdelaine comme St Patron, car c’est un bel exemple chrétien par son martyr et sa bravoure.
Avez vous des citations de lui ? pour mettre sur notre faire part de naissance.
Nous habitons Villeneuve Les Avignon.

Cordialement,
Bastien

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CHAPDELAINE Auguste (1814-1856)
samedi 11 février 2017 à 19h45 - par  christine Lambert

En réponse à Frédéric pour me joindre au sujet de notre parenté via Auguste Chapdelaine, mon adresse mail : info@studio-equilibre.com.Ma grand-tante s’appelait Augustine en souvenir de son oncle.
Cordialement,
Christine.

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CHAPDELAINE Auguste (1814-1856)
samedi 29 octobre 2011 à 07h57 - par  dubjak

Merci de votre contribution fort intéressante à la vie d’Auguste Chapdelaine
Je vous signale que la famille Chapdelaine était semble t’il apparentée à d’autres familles de la région qui envoyèrent également des missionnaires aux Missions Etrangères de Paris puis de là en Extrême Orient (Deguette, Gassot...) sans qu’il soit toujours facile de savoir si ces missionnaires se connaissaient avant leur mission d’une façon « familiale » ou étaient des condisciples de séminaires et plus ou moins amis (selon leurs âges).
Il est vrai que la vie d’Auguste Chapdelaine et son martyre fut à l’époque une source d’inspiration et le resta pour des générations et fut sans doute instrumentalisée à plusieurs reprises

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CHAPDELAINE Auguste (1814-1856)
samedi 29 octobre 2011 à 07h46 - par  dubjak

Merci de votre article intéressant à lire
Je vous signale que la famille CHAPDELAINE était apparentée à d’autres familles de la région et que d’autres missionaires (cousins, neveux, etc..) partirent également aux MEP pendant cette période, plus ou moins apparentés (voir familles Deguette, Gassot,..) Donc votre remarque sur le recrutement catholique après la Révolution est juste, et est valable pour d’autres régions de France
J’ai effectué depuis la canonisation d’Auguste Chapdelaine en 2000 un travail aux Missions Etrangères de Paris de retranscription de ses lettres et de celles d’autres missionnaires plus ou moins clairement apparentés, qui permet à tout le moins de comprendre ce contexte d’expansion religieuse mélée de politique en Chine et dans d’autres pays d’Extrême Orient (l’alliance du sabre et du goupillon) dont ils furent sans doute les instruments... à tord ou a raison.

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CHAPDELAINE Auguste (1814-1856)
vendredi 29 juillet 2011 à 11h58 - par  carrat anik

Bonjour.
Je vous remercie pour votre article qui va nous permettre d’étoffer nos recherches généalogiques car par ma mère, je suis apparentée à Auguste Chapdelaine.
C’est en remontant dans l’arbre généalogique qu’elle a découvert cette parenté.
Encore merci.

CHAPDELAINE Auguste (1814-1856)
lundi 7 juin 2010 à 01h07

Bonjour, j’ ai retrouvé trace de recherches effectuées par une amie il y a longtemps et ma grand-tante(augustine !) m’ avait parlé de mon aieul, Auguste Chapdelaine, merci de votre site qui m’ a permis de retrouver sa trace.Etes-vous vous aussi de « la famille » ?
Cordialement,
Christine

vendredi 14 janvier 2011 à 15h35

bonjour je suis aussi de la famille de auguste chapdelain
donne moi vos coordonne pour que l’on puisse prendre contacte

frederic

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