SALON-DE-PROVENCE (13) : Eglise Saint-Laurent

mardi 5 février 2008
par  Philippe Landru

Dans la chapelle Notre-Dame de l’église Saint-Laurent de Salon de Provence se trouve une plaque murale sur laquelle on peut lire une inscription latine : ici se trouvent, après bien des tribulations, les quelques restes du fameux « astrophile » Michel de Nostre-Dame, dit Nostradamus (1503-1566). Issu d’une famille juive, médecin et apothicaire de formation, il signa de son nom une série de quatrains regroupés en centaines, les Centuries, dont la première édition vit le jour en 1555. Appelé l’année suivante à la cour par la superstitieuse Catherine de Médicis, il lui prédisit la mort du roi Henri II. Il devint sous Charles IX médecin ordinaire du roi. Depuis lors, son oeuvre à fait l’objet d’interprétations toujours plus fantaisistes.

Les tribulations de ses restes, un peu longue, méritent le récit :

Tout d’abord, on raconte qu’au moment de dicter ses dernières volontés, Nostradamus ordonna que sa tombe soit placée dans l’église collégiale de Saint-Laurens, dans la chapelle de Notre-Dame. Il changea d’avis et biffa les paroles pertinentes pour ordonner cette fois l’érection de sa tombe dans l’église Conventuelle de Saint-Francois, de cette même ville de Salon entre la grande porte et l’autel de Sainte Marthe, comme s’il savait ce qu’il adviendrait de sa sépulture sous la Révolution française.

A l’origine, Nostradamus fut donc inhumé dans l’église des Cordeliers de la ville (Saint-François). Son monument fut édifié par son fils, César de Nostre-Dame. Voici la description du tombeau selon une source de 1718 [1]

« En entrant dans l’Eglise des Cordeliers par la porte du cloître, à main droite contre la muraille est le tombeau de Nostradamus, qui n’est autre chose qu’une saillie d’un pied qui s’avance au devant du mur. Ce tombeau est quarré de la hauteur d’un homme debout, & le dessus est en forme de talus ou de pente. Son portrait qui est là, le représente tel qu’il étoit à l’âge de cinquante-neuf ans. Il paroît avoir été bel homme. Ses armes et celles de sa femme sont sur le tombeau & sur un lé de toile noire, qui est entre son épitaphe & son portrait. Cette épitaphe est gravée sur une pierre ; la voici : D. M. Ossa Clarissimi Michaëlis Nostradami, unius omnium mortalium judicio digni, cujus penè divino calamo totius orbis ex astrorum fluxu futuri eventus conscriberentur. Vixit annos LXII. mensis VI. dies X. Obiit Salonæ MDLXVI. Quietem posteri ne invidete. Anna Pontia Gemella Salonia conjux opt. V. F. (ce qui peut se traduire par : « A Dieu très grand. Ici, les os du très illustre Michel de Nostredame, estimé digne entre tous les mortels de décrire, suivant le cours des astres et de l’univers tout entier, d’une plume presque divine, les événements de l’avenir. « Il a vécu 62 ans, 6 mois, 10 jours et mourut à Salon en 1566. Ne jalousez pas son repos, ô vous qui viendrez après lui. Anna Pontia Gemella à son mari bien-aimé, de son vivant, a fait cette épitaphe »).

Pendant le longues années, la tombe de Nostradamus fut l’objet de vénération et les voyageurs se rendant à Salon ne manquaient pas de se rendre sur sa tombe. La légende naquit que Nostradamus s’était fait inhumé vivant dans son caveau avec une lampe, du papier, de l’encre, des plumes et des livres, menaçant de mort quiconque viendrait le troubler.

Durant la Révolution, des gardes nationaux d’un bataillon marseillais - ou du Vaucluse - ouvrirent le tombeau de Nostradamus et brisèrent son cercueil. Les ossements de Nostradamus furent pillés et dispersés. Un marseillais, d’après la tradition locale, se serait emparé du crâne et aurait bu dedans.
Le maire recueillit ce qu’il put des reliques , sauva son portait et celui de son fils César (peints sur métal par ce dernier), disant, afin d’intéresse les patriotes à leur conservation, que le citoyen Michel Nostradamus avait prédi la liberté. Il fit placer les ossements à l’église Saint-Laurent, dans l’épaisseur d’un mur de l’ancienne chapelle de Saint-Roch, (aujourd’hui de la Vierge), avec une inscription qu’on lisait au-dessous et qui fut effacée à l’époque de la Restauration : "L’an trois de la Liberté, le tombeau de Nostradamus, qui honora Salon, sa patrie, et dont le souvenir sera toujours cher aux patriotes français par ses prédictions du règne de la Liberté, fut ouvert. Les citoyens, empressés de conserver ses cendres, se les divisèrent ; à peine la municipalité put-elle en recueillir la partie que cette tombe renferme ; elle en a fait don à la postérité, ainsi que du portrait de cet homme célèbre et de celui de son fils l’historien, peints par lui-même ».

On raconte que celui qui avait le premier osé commettre cette profanation ayant été fusillé quelques jours après pour avoir volé l’argenterie de la maison où il était logé, sa mort fut regardée comme une punition de son impiété et un signe de la malédiction posthume de Nostradamus.

Aujourd’hui, dans cette même chapelle de l’église Saint-Laurent, on peut donc lire en majuscules romaines sur une plaque de marbre de la paroi : RELIQUIAE MICHAELIS NOSTRADAMI IN HOC SACELLVM TRANSLATAE FVERVNT POST ANNVM MDCCLXXXIX. EPITAPHIVM RESTITVTVM MENSE JVLII MDCCCXIII. Son épitaphe a été refaite au mois de juillet 1813.


[1Nouvelle description de la france : dans laquelle ont voit le gouvernement général de ce royaume celui du chaque province en particulier / Et la description des Villes, Maisons Royales, / Châteaux, & Monumens les plus remarquables. / avec les distances des lieux / pour la commodité des Voyageurs. de M. Piganiol de la force, Paris, 1718


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